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Spectacle JV Brisa
© Les Amis de Bayard

Spectacle « Hugo, celui du combat »

Interprété par Jean-Vincent Brisa

Jean-Vincent Brisa a piloté de nombreux spectacles de commémoration d’évènements historiques. 

Celui-ci est fondé sur le respect de l’Autre. 

Pendant une heure de monologue, l’acteur dit avec une éloquence profondément émouvante des textes de Victor Hugo dénonçant la Misère, l’Exploitation des enfants, l’Esclavage, le Machisme, la Peine de Mort et d’autres sujets toujours d’actualité…

Portrait JV Brisa 1-Les Amis de Bayard
©Les Amis de Bayard

Textes de Victor Hugo  choisis par Jean Vincent Brisa 

Mis en spectacle ce 30 Avril 2022 

Les Contemplations – Livre Troisième Les Luttes et les Rêves – II  

 Melancholia ( extrait) de Victor Hugo 

Où vont tous ces enfants

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?  
Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ? 
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ? 
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules ; 
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement 
Dans la même prison le même mouvement. 
Accroupis sous les dents d’une machine sombre, 
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre, 
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer, 
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer. 
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue. 
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue. 
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las. 
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas ! 
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes, 
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! » 
Ô servitude infâme imposée à l’enfant ! 
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant 
Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, oeuvre insensée, 
La beauté sur les fronts, dans les coeurs la pensée, 
Et qui ferait – c’est là son fruit le plus certain – 
D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin ! 
Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre, 
Qui produit la richesse en créant la misère, 
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil ! 
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? » 

Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme, 
Une âme à la machine et la retire à l’homme ! 
Que ce travail, haï des mères, soit maudit ! 
Maudit comme le vice où l’on s’abâtardit, 
Maudit comme l’opprobre et comme le blasphème ! 
Ô Dieu ! qu’il soit maudit au nom du travail même, 
Au nom du vrai travail, saint, fécond, généré 

Qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux ! 

Lettre de Victor Hugo à Léon Richer – extrait

LA FEMME

Il est douloureux de le dire, dans la civilisation actuelle, il y a une esclave. La loi a des euphémismes ; ce que j’appelle une esclave, elle l’appelle une mineure ; cette mineure selon la loi, cette esclave selon la réalité, c’est la femme. L’homme a chargé inégalement les deux plateaux du code, dont l’équilibre importe à la conscience humaine ; l’homme a fait verser tous les droits de son côté et tous les devoirs du côté de la femme. De là un trouble profond. De là la servitude de la femme. Dans notre législation telle qu’elle est, la femme ne possède pas, elle n’este pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n’est pas. Il y a des citoyens, il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent ; il faut qu’il cesse. 

Je sais que les philosophes vont vite et que les gouvernants vont lentement ; cela tient à ce que les philosophes sont dans l’absolu, et les gouvernants dans le relatif ; cependant, il faut que les gouvernants finissent par rejoindre les philosophes. Quand cette jonction est faite à temps, le progrès est obtenu et les révolutions sont évitées. Si la jonction tarde, il y a péril. 

Dans la question de l’éducation, comme dans la question de la répression, dans la question de l’irrévocable qu’il faut ôter du mariage et de l’irréparable qu’il faut ôter de la pénalité, dans la question de l’enseignement obligatoire, gratuit et laïque, dans la question de la femme, dans la question de l’enfant, il est temps que les gouvernants avisent. Il est urgent que les législateurs prennent conseil des penseurs, que les hommes d’état, trop souvent superficiels, tiennent compte du profond travail des écrivains, et que ceux qui font les lois obéissent à ceux qui font les moeurs. La paix sociale est à ce prix. 

Avant peu, n’en doutons pas, justice sera rendue et justice sera faite. 

L’homme à lui seul n’est pas l’homme ; l’homme, plus la femme, plus l’enfant, cette créature une et triple constitue la vraie unité humaine. 

Toute l’organisation sociale doit découler de là. Assurer le droit de l’homme sous cette triple forme, tel doit être le but de cette providence d’en bas que nous appelons la loi. 

Redoublons de persévérance et d’efforts. On en viendra, espérons-le, à comprendre qu’une société est mal faite quand l’enfant est laissé sans lumière, quand la femme est maintenue sans initiative, quand la servitude se déguise sous le nom de tutelle, quand la charge est d’autant plus lourde que l’épaule est plus faible ; et l’on reconnaîtra que, même au point de vue de notre égoïsme, il est difficile de composer le bonheur de l’homme avec la souffrance de la femme. 

Portrait JV Brisa 2-LesAmis de Bayard
©Les Amis de Bayard

Les Contemplations

Demain dès l’aube

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, 

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. 

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. 

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, 

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, 

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, 

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. 

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, 

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, 

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe 

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. 

Écrit après une visite au bagne – extrait

Les Quatre Vents de l’Esprit

Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne. 

Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne 

Ne sont jamais allés à l’école une fois, 

Et ne savent pas lire, et signent d’une croix. 

C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime. 

L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme. 

Où rampe la raison, l’honnêteté périt. 

Dieu, le premier auteur de tout ce qu’on écrit, 

A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres, 

Les ailes des esprits dans les pages des livres. 

Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut 

Planer là-haut où l’âme en liberté se meut. 

L’école est sanctuaire autant que la chapelle. 

 

L’alphabet que l’enfant avec son doigt épelle 

Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur 

S’éclaire doucement à cette humble lueur. 

Donc au petit enfant donnez le petit livre. 

Marchez, la lampe en main, pour qu’il puisse vous suivre. 

Portrait JV Brisa 3-LesAmis de Bayard
©Les Amis de Bayard

Actes et Paroles T1 – Assemblée Législative –( extraits) 

LA MISERE

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! oui, cela est possible. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli. 

La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au moyen-âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ? 

Il y a dans Paris… 

Mon Dieu, je n’hésite pas à les citer, ces faits. Ils sont tristes, mais nécessaires à révéler ; et tenez, s’il faut dire toute ma pensée, je voudrais qu’il sortît de cette Assemblée, et au besoin j’en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enquête sur la situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je voudrais que tous les faits éclatassent au grand jour. Comment veut on guérir le mal si l’on ne sonde pas les plaies ? 

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Voici donc ces faits. 

Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures humaines s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver. 

Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n’épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l’on a constaté, après sa mort, qu’il n’avait pas mangé depuis six jours. Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon ! 

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu ! 

Voilà pourquoi je suis pénétré, voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m’écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n’est qu’un premier pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette Assemblée, majorité et minorité, n’importe, je ne connais pas, moi, de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette Assemblée n’eût qu’une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l’abolition de la misère ! 

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Et, messieurs, je ne m’adresse pas seulement à votre générosité, je 

m’adresse à ce qu’il y a de plus sérieux dans le sentiment politique d’une 

assemblée de législateurs. Et, à ce sujet, un dernier mot. 

Messieurs, vous venez, avec le concours de la garde nationale, de l’armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l’état ébranlé encore une fois. Vous n’avez reculé devant aucun péril, vous n’avez hésité devant aucun devoir. Vous avez sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable. Eh bien ! vous n’avez rien fait ! 

Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour base l’ordre moral consolidé ! Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et qui ne peuvent plus travailler sont sans asile ! tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes, tant qu’il n’y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n’avez rien fait, tant que l’esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n’avez rien fait, rien fait, tant que, dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux ! 

Messieurs, songez-y, c’est l’anarchie qui ouvre les abîmes, mais c’est la misère qui les creuse. Vous avez fait des lois contre l’anarchie, faites maintenant des lois contre la misère ! 

Portrait JV Brisa 4-LesAmis de Bayard
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Merci à Jean-Vincent Brisa pour son interprétation emprunte d’émotion, de profondeur et d’humanité.

Portrait JV Brisa 5-Les Amis de Bayard
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