Sous la direction de Stéphane Gal et Gilles-Marie Moreau
Le LIVRE. "AUTOUR DE BAYARD"
Actes du colloque du 5e centenaire (1524-2024)

Bayard, le célèbre chevalier « sans peur et sans reproche », peut-il encore présenter quelque intérêt auprès des scientifiques d’aujourd’hui ?
Depuis le temps que sa vie est scrutée et retournée, tout semble avoir été dit ou presque sur le sujet. Pourtant l’homme, le contexte de sa vie et de sa mort, ainsi que sa légende sont trois champs de recherche complémentaires qui continuent d’intéresser les chercheurs.
Aujourd’hui c’est moins le héros que la construction et la déconstruction du héros qui attirent, car leurs mécanismes restituent toute sa complexité au personnage et à la culture de son temps. Les textes rassemblés dans ce livre éclairent le sujet sous un jour nouveau. À la lumière de documents relus ou exhumés, c’est le contexte qui est mieux éclairé, notamment l’atmosphère eschatologique qui caractérise la période.
Le colloque du 5e centenaire de la mort de Bayard a été co-organisé par l’Académie delphinale, l’association des Amis de Bayard, les Archives départementales de l’Isère et le LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes) dont Stéphane Gal en est le directeur délégué.

Stéphane Gal et Gilles-Marie Moreau nous invite à prendre connaissance de ces nouvelles recherches pour découvrir autrement le personnage et son époque.

Gilles-Marie Moreau est ingénieur de recherche, et ancien président de l’Académie delphinale.
Présentation par Philippe Langenieux -Villard

Philippe Langenieux-Villard Lors de la commémoration des 500 ans du chevalier Bayard à Pontcharra
Emmanuel Leroy-Ladurie a vécu dans l’Isère à Pinsot, village du massif de Belledonne où sa petite maison s’appelait « La vie Pleine ».
Lorsqu’il reçut l’épée académique des mains d’Alain Peyrefitte, ce le prévint aussitôt:
-Vous êtes à la fois, lui dit-il, un historien et un journaliste. Or qu’est-ce qu’un journaliste?
Un journaliste, c’est quelqu’un qui parie sur la capacité d’oubli du lecteur.
Aucun abonné de l’hebdomadaire l’Express n’avait en effet remarqué, qu’à une semaine d’intervalle, avait été publié le même article d’Emmanuel Leroy-Ladurie.
Cette anecdote en dit long sur la fragilité de l’écrit, et plus encore, sur celle de nos mémoires.
L’oubli est notre adversaire: Il est« une ruse du diable » selon la formule d’un moine de Saint-Denis.
Voilà pourquoi l’histoire, et voilà pourquoi les historiens sont si nécessaires à nos sociétés immédiates et sûres d’elles-mêmes:
Grâce à vos travaux, certaines répétitions peuvent s’imposer quand les personnages sont exemplaires ou s’éviter lorsque les faits sont abominables.
Ainsi ce colloque, conçu par Stéphane Gall et l’académie delphinale et qui se tient cinq siècles après la mort du chevalier Bayard n’est-il pas qu’une affaire d’historiens, d’archivistes d’intellectuels ou d’érudits. Il peut aussi éclairer chacun de nous. Il nous concerne directement.
Merci donc à vous tous d’avoir jugé utile de consacrer vos travaux à cette personnalité moyenâgeuse et de lui offrir en quelque sorte une renaissance.
Merci de chercher la vérité d’un homme que certains jugent de légende, que d’autres qualifient de mythe.
D’un homme qu’à mes yeux, nous limitons trop à l’exploit des armes sans assez apprécier son action de gestionnaire de Grenoble.
Se battre contre la peste, les inondations et les brigands entre 1520 et 1524, n’était-ce pas aussi nécessaire, contesté et complexe que lutter aujourd’hui contre la Covid, le réchauffement climatique, le grand banditisme et les narco trafiquants?
« Bayard, illustre et inconnu », ce très juste titre d’exposition au sein des archives départementales que je remercie pour leur hospitalité et félicite pour leur engagement, ce titre donc témoigne d’une vérité trop souvent ignorée:
L’histoire est une enquête.
Enquête sur des personnages disparus.
Enquête sur des lieux transformés,
Enquête sur des témoignages discordants
Enquête sur des objets, des habitudes ou des moeurs abandonnés.
Chaque enquêteur a ses intuitions, sa méthode, son point de vue, ses sources et ses preuves. Chaque historien livre sa part de certitudes et de doutes, use de techniques et de savoirs propres, avec l’espoir de contribuer à restituer au mieux une réalité. L’histoire est à la fois science et art, au service d’une recherche de vérité.
Et chacun de nous, néophyte comme l’est un juré tiré au sort, conçoit alors sur la base de ces enquêtes et de leurs conclusions, son opinion d’une époque, d’un personnage ou d’un acte.
J’ai toujours invité à se méfier des lieux communs et des images toutes faites qui fabriquent des opinons tranchées et souvent fausses.
Par exemple: Le Moyen-Âge n’est pas inférieur au notre. Il le précède simplement. Vos propos le confirmeront, j’en suis convaincu.
Vous écouter va nous donner l’occasion de découvrir des secrets, et des surprises puisque l’histoire a parait-il davantage d’imagination que les hommes.
Mais j’espère surtout qu’à l’issue de nos travaux, Bayard, à la fois gentilhomme et héros, à la fois exemple à suivre et homme à comprendre,
demeurera cette figure inspirante qui fut l’emblème de bien des objets et de bien des marques, mais qui ne peut être la proie d’aucune doctrine ni d’aucune récupération politique.
Pour nous, amis de Bayard, l’histoire n’est ni un magasin de rancunes (comme le suggérait Bernanos), ni un livre de propagande.
C’est déjà beaucoup, de parvenir à expliquer la grandeur et la misère des hommes.




