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Bayard au Musée de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie

L’ordre de Saint-Michel est un ordre de chevalerie séculier, fondé en 1469 par Louis XI. Ses membres se disaient « chevaliers de l’ordre du Roi », qui fonctionnait comme une confrérie. Le roi voulait rappeler que l’archange fut le premier chevalier, en combattant pour Dieu contre le Dragon, et qu’il avait toujours su garder le Mont Saint-Michel des anciens ennemis du royaume, à commencer par les Anglais. Le siège fut donc établi à l’abbaye du Mont, où se trouvaient peintes les armes de tous les anciens chevaliers (tous combattants, aucun simple courtisan à l’époque).

Cet ordre, qui jouissait d’un prestige considérable, était décerné à la discrétion du monarque, ce qui lui permettait de se créer un réseau de fidélités féodales. Il se voulait une réplique au célèbre ordre bourguignon de la Toison d’Or. Le roi de France le dirigeait, et les chevaliers, au nombre de trente-six, devaient lui prêter serment. Un siècle plus tard, Henri II transféra le siège dans la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, dont le maître-autel porte l’emblème de l’Ordre de Saint-Michel.

Lors des fêtes religieuses majeures et des grandes occasions, les chevaliers devaient porter le « collier d’or fait de coquilles lassées l’une avec l’autre » (coquilles Saint-Jacques pour rappeler le pèlerinage au fameux Mont) auquel était suspendu un médaillon représentant l’archange, debout sur un roc, terrassant le dragon. Principal insigne que recevait chaque chevalier, le collier pesait 200 à 300 écus d’or et restait la propriété de l’ordre. Il devait donc être restitué à la mort du récipiendaire. La devise de cet ordre de chevalerie était Immensi tremor oceani : « la crainte de l’immense océan », dérivée de l’image de St-Michel regardant la mer depuis le Mont. Rappelons que saint Michel était le saint patron du royaume de France jusqu’à ce que Louis XIII consacre son royaume à Notre-Dame.

Collier de Saint-Michel

Collier de l’ordre de saint-Michel porté lors des grandes occasions. À droite un pendentif, dit « petit ordre » arboré quotidiennement par tous les membres

Les chevaliers ainsi honorés prenaient l’habitude d’entourer leurs armoiries du collier de l’ordre, comme on le voit sur la peinture ci-contre, exposée au Musée National de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie à Paris à Paris. Seulement deux portraits y sont exposés, dans une salle consacrée aux ordres royaux : celui de Louis XI en tant que fondateur et ce tableau en pied de Pierre Terrail. François 1er lui a décerné cette décoration pour récompenser sa bravoure lors du siège de Mézières en 1521. La ville était assiégée par une armée de Charles Quint et défendue par des troupes françaises sous le commandement de Bayard et d’Anne de Montmorency. Le siège dura six semaines et se solda par un échec. Une commémoration est prévue l’an prochain pour marquer le 500è anniversaire, les Amis de Bayard ont prévu d’y prendre part.

Le portrait du chevalier Bayard exposé au musée de l’Ancien évêché à Grenoble le représente aussi portant le collier de l’ordre de St-Michel, comme les autres portraits connus ou le buste en marbre qui orne sa tombe.

Bayard chevalier de l'ordre de Saint-Michel

Bayard portant le collier de l’ordre de Saint-Michel, décoration que l’on retrouve sur le côté du prie-Dieu, entourant les armoiries du chevalier. En légende : «PIERRE. DE. TERRAIL. DIT. LE. CHER. BAYARD» (Musée de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie)

Les échanges d’ordres de chevalerie entre souverains, servaient la délicate diplomatie européenne. Ainsi le roi d’Espagne Philippe II fut ainsi intronisé dans l’ordre de Saint-Michel par Henri II.

L’ordre perdit progressivement de son prestige suite à une augmentation du nombre de membres et à des nominations trop faciles, ce qui amena Henri III à en créer un nouveau 1578 : celui du Saint-Esprit. Il continue néanmoins à être utilisé par le roi pour se créer une clientèle en province auprès de petits gentilshommes : les effectifs dépassent alors le millier de chevaliers et le collier n’est plus que rarement porté. L’Ordre est supprimé en 1791, en même temps que toutes les distinctions de l’Ancien Régime.

De nos jours, l’ordre des Arts et des Lettres est considéré comme l’héritier de celui de Saint-Michel.

Hommage à Jean Baccard

Nous avons appris avec une grande peine le décès de notre ami et ancien président Jean Baccard le 29 Août 2020 à l’âge de 95 ans. Son inhumation s’est déroulée le 3 septembre dans l’intimité, car vu sa popularité il n’était pas possible d’accueillir tous ceux qui auraient voulu honorer sa mémoire.

En plus d’une carrière professionnelle remarquable avec de hautes responsabilités, notamment en tant que directeur d’Alpexpo, un long parcours rappelé dans les journaux, il était très attaché à notre région et à son histoire. Il l’a prouvé et exercé en s’impliquant dans différentes associations, notamment celles de France-Roumanie, Pontcharra patrimoine et histoire (PPH) ou la Fédération des associations patrimoniales de l’Isère (Fapi).

Il a aussi dynamisé notre Association, la présidant 16 années de 1993 à 2009 et la portant jusqu’à 360 membres. Il avait créé le musée Bayard à Pontcharra, maintenant fermé, lancé la revue de l’Association, organisé des manifestations et voyages. Encore récemment, il assistait à un conseil d’administration en tant que président d’honneur et quelques jours avant sa disparition s’informait encore sur nos projets pour les commémorations de la libération de Charleville- Mézières où s’illustra Bayard (il y aura 500 ans l’an prochain).

Il aimait la tradition, se démenait pour la mise en valeur et l’animation du patrimoine, sur la commune de Pontcharra et ses environs. Il aimait aussi la montagne, l’a parcourue à vélo ou à ski tant qu’il a pu le faire. Ceux qui le connaissent savaient aussi son attachement à sa famille.

Notre ami Patrick Ceria a pu lui rendre un hommage à l’Association Les Amis du Grésivaudan, saluer son engagement et son esprit chevaleresque, témoigner notre admiration après tant d’années consacrées à notre patrimoine.

Le dernier conseil d’administration des Amis de Bayard a débuté par un hommage empreint d’émotion et de reconnaissance à Jean.

 

Ph 190209 J Baccard

MarchAlp à la croisée de l’Histoire et de la Science

MarchAlp est un projet porté par les Amis de Bayard en association avec l’UGA (Université de Grenoble Alpes). L’idée était de reconstituer un exploit des chevaliers un mois avant la grande bataille de Marignan, un récit habituellement héroïsé, mais pour lequel on manquait d’information ou d’objectivité sur maints aspects pratiques importants.

Bas relief tombeau de Bayard

Bas-relief en marbre du tombeau de François 1er à la basilique de Saint Denis

Le fait historique

Marignan clignote dans la mémoire collective des Français, dans le contexte des guerres menées par la France en Italie pour conquérir le duché de Milan, défendu par une coalition importante, regroupant des Italiens, des espagnols, l’armée pontificale et de mercenaires suisses. Mais avant de livrer bataille, le jeune et ambitieux François 1er et son armée ont dû franchir les Alpes, avec les chevaux et 372 pièces d’artillerie. Notre région a été au cœur de l’événement : le roi ordonna au printemps 1515 la concentration des troupes à Grenoble, sous la supervision du seigneur de Bayard, lieutenant général du Dauphiné. Les préparatifs côté français ne sont pas passés inaperçus, et les 32 000 Suisses tenaient déjà les cols et occupaient les villages stratégiques, notamment sur la route habituelle du Montcenis. Il a donc fallu franchir les montagnes par une route secondaire, celle des cols de Vars et de Larche, contournant ainsi les troupes suisses par le sud, un chemin muletier ne figurant pas sur les cartes de l’époque (si tant est qu’il y en avait).

L’armée française comprenait notamment 20 000 lansquenets allemands (le gros de l’infanterie) et des gascons aventuriers, 2 500 cavaliers lourdement armés des compagnies d’ordonnance qui perpétuaient les pratiques et usages du chevalier médiéval, au total 40 000 hommes et 12 000 chevaux, et davantage encore d’accompagnateurs : ravitaillement à dos de mulet, familles, sapeurs pour élargir la route, guides locaux (les armées recrutaient sur place), au global une entreprise énorme qu’il fallait organiser, pratiquement toute une ville qui se déplace, une troupe nombreuse et forcément un peu apeurée qu’il faut encadrer et nourrir.

Le roi restant avec l’arrière garde, Bayard est parti à la tête d’une troupe légère et déterminée, par encore une autre route inattendue, probablement le col de Mary (2 641 mètres, Alpes de Haute-Provence) afin de « nettoyer » le terrain avant l’arrivée du gros des troupes françaises. Ce raid a parfaitement réussi, prenant au dépourvu l’ennemi qui ne l’attendaient pas là. Il a fait douter les redoutables (et jusqu’à présent jugés invincibles) Suisses, capturé la majeure partie de la cavalerie du pape et son général, en garnison dans le Piémont, et renforcé le moral de l’armée du roi. Privée de sa cavalerie une armée devenait « aveugle ». Les Français ont pu passer en masse et se reposer, préparer bataille avant de l’emporter à Marignan près de Milan. L’artillerie (à qui on a donc pu faire franchir les Alpes) a joué un rôle décisif lors de cet engagement d’envergure, qualifié de « bataille des géants », dans une dynamique de victoire qui donnera à la France le contrôle de la Lombardie.

La problématique historique

Si les faits qui précèdent sont avérés, de nombreuses questions se posent, on aimerait avoir du détail, savoir tout ce que l’Histoire ne dit pas. Ce n’est pas la bataille qui nous intéresse ici, mais ce qui a bien pu se passer avant. Comprendre le vécu des hommes de guerre du roi lors du passage clé des Alpes. On sait que des sapeurs ont élargi et sécurisé une route que l’ennemi pensait impraticable, que les canons (ne pouvant être tractés) ont été démontés puis remontés, que François 1er ordonna que tous les princes et seigneurs restent en tenue de combat, conservent leur armure et leurs armes pendant la traversée, à part tout de même le heaume (porté à la hanche), malgré le soleil chaud. En effet, les Suisses étant réputés pour leurs attaques surprises et leur cruauté, et ils n’ont jamais été loin, au plus à quelques dizaines de kilomètres, de telles attaques auraient pu avoir lieu. La traversée des Alpes dans ces conditions était inédite, et en armure pour les cavaliers, avec autant de protagonistes lancés sur des chemins inconnus, un exploit à l’époque. Le souvenir de l’opération a été sculpté dans le marbre, sur le tombeau de François 1er à Saint Denis, un bas-relief qui détaille trois épisodes : les préparatifs, le passage des cols et l’affrontement des armées. On a comparé les lourds canons de bronze aux éléphants d’Hannibal.

Mais il reste que la cavalerie lourde n’était pas faite pour la montagne et on se demande encore comment ils ont pu réussir un tel exploit, quel effort physique et moral le franchissement des Alpes a représenté :

  • Comment tenir si longtemps et sur un trajet quasi-impossible quand on est engoncé dans une armure de 30 kg, auxquels il faut ajouter la cotte de mailles, les armes et les accessoires, déjà comment supporter la chaleur et respirer. Les chevaliers étaient athlétiques et entraînés à la guerre, mais surtout aux batailles en ligne sur un front large, aux charges en plaine
  • La technologie et l’ergonomie de l’époque restaient limitées, même s’il ne faut pas sous-estimer le savoir-faire des artisans du XVIè siècle. Il fallait, on imagine, ôter certaines parties de l’armure dans les passages escarpés, fréquemment mettre pied à terre. Le cheminement a dû être lent et fastidieux, alors que la tactique consistant à utiliser plusieurs cols voulait un déploiement rapide des troupes pour surprendre l’ennemi
  • La montagne était un milieu étranger aux soldats et à leurs montures : leur manque de connaissances et de préparation mentale était flagrant, comme l’ont écrit le roi ou les chroniqueurs de l’époque : on ne peut passer qu’en file indienne, on avait peur du vide, craignait la chute en armure ou encore de mourir de faim en l’absence de logistique adéquate
  • Les soldats à pied, notamment les lansquenets lourdement armés, étaient soumis aux mêmes difficultés de surcharge pondérale, sol glissant, etc. Les accidents étaient certainement nombreux (nous n’avons pas de statistiques)
  • Tout ce qui a été relaté dans l’Histoire officielle est-il plausible ?

Le projet MarchAlp et sa minutieuse préparation

Intitulé ainsi pour Marche Armée dans les Alpes, le projet a été lancé sur une idée de Stéphane Gal, enseignant-chercheur de l’Université de Grenoble-Alpes, et Patrick Céria, vice-président des Amis de Bayard et triple champion paralympique de cyclisme. Il s’agissait de restituer les conditions matérielles et humaines du franchissement des Alpes afin d’en mesurer scientifiquement la performance. Se sont portés volontaires pour l’expérimentation Stéphane et Patrick, Cameron O’Reilly, homme d’affaires et mécène, passionné d’histoire de France (et admirateur de Bayard en particulier) et enfin Mickaël Saade, jouteur professionnel et coach de l’opération.

Le travail de préparation a pris 2 ans pour rassembler tous les détails historiques nécessaires, rechercher des partenaires et des financements. Le souci d’authenticité a été poussé aussi loin que possible :

  • 4 armures expérimentales ont été réalisées sur mesure, 3 pour cavaliers (haut et bas) et 1 pour chevalier à pied (haut seulement, 14 kg). En acier trempant XC45 assez proche de celui de l’époque, la commande a été passée au batteur d’armes Georges Jolliot qui a pris les cotes sur les 4 hommes : les armures étaient faites sur mesure ! Il a ensuite fabriqué chaque élément selon les techniques de l’époque (on ne connaissait pas la soudure), par formage à chaud et repoussage : déjà le casque progressivement façonné d’une seule pièce à partir d’un morceau de tôle plate exige un réel savoir-faire. Il a aussi fabriqué les cotes de mailles à la main
  • Les chaussures aussi étaient fidèles (autant dire pas confortables, glissantes et ne protégeant pas les chevilles, pas du tout adaptées à la montagne), en cuir et sur mesure, modèle dit de « chasseur de chamois » confectionné par un autre artisan féru de techniques anciennes
  • Vêtements en lin, soie et cuir (les matières premières de l’époque), très colorés (voir photos), fabriqués par les familles et des bénévoles
  • 2 armes conformes (épée et dague) complétaient l’équipement du cavalier, jusqu’au repose-lance. Elles ont été testées non en tant qu’armes mais pour leur poids et encombrement
  • Un itinéraire par la même ou par une route semblable (la montagne n’a pas changé depuis), le col de Mary, a été décidé, à la même époque de l’année (en plein été), avec bivouac en altitude
  • Se sont joints des accompagnateurs en tenue d’époque, petite troupe comprenant des lansquenets venus d’Allemagne, des femmes et enfants (comme à l’époque) accompagnés de mules pour le matériel
  • Même la ration de nourriture à emporter pour 2 jours (on ne trouve que l’eau sur place) était conforme à celle de 1515 en quantité et composition (pain, fromage et viande séchée), dans une besace, poids supplémentaire pour chacun
  • Nos chevaliers pour l’occasion ont pris des cours d’équitation et se sont entraîné pendant des mois au port de l’armure, à pied et à cheval.
  • Pas de véhicule d’accompagnement, téléphone portable et autres anachronismes.

Une pause lors d'un entrainement

Une pause lors d’un’entrainement – photo Magapix’Ailes

Tout était authentique donc. Seule touche de modernité, et non des moindres : l’équipe de cinéastes de la société Mégapix’Ailes, portant (elle aussi !) ses 6 lourdes caméras et 1 drone.

Le coût important de l’opération a été assuré par l’association Les amis de Bayard, la commune de Pontcharra, le département de l’Isère et par Cameron.

Le déroulement de la Marche, enfin

On comprend bien qu’il s’agit d’une aventure hors du commun sur deux jours. Une certaine tension était palpable avant le départ. La petite troupe bigarrée et enthousiaste, certes plus modeste qu’à l’époque (50 personnes environ, une trentaine en costume d’époque) : étudiants en histoire, membres de l’association Les troupes du Puy-en-Velay, ceux d’une association allemande, des guides locaux et enfin des chasseurs alpins, est partie de Maljasset (1910 m) au petit matin du 6 juillet 2019.

Avant le départ

Avant le départ – photo Megapix’Ailes

Les 4 hommes en armure sont en tête, les autres suivant en file indienne – comme on le voit sur les tableaux anciens – avec drapeaux, tambours, 2 ânes pour le matériel (bivouac, matériel vidéo). Tout un spectacle.

Vu l’itinéraire, les aléas ont été de la partie, comme certainement cet été 1515 :

  • Difficulté du terrain, sentier étroit et escarpé, la pente atteignant parfois 30%. Rien que la marche à pied quand on est engoncé dans une armure, est harassante, le sol est glissant
  • Aléas climatiques comme souvent en montagne : soleil chaud le premier jour, nuit froide (certains n’ont pas pu dormir), orage et pluie le lendemain. Ils ont même rencontré de la neige, comme on le voit sur le film
  • Comportement des chevaux, sélectionnés pour leur habitude des armures (poids, bruit et reflets de lumière violents) mais pas à la montagne : passages étroits où le cavalier doit descendre et les mener par la bride, à pied), pentes raides et franchissement de torrents (en 1515 ils construisaient à la hâte des ponts, notamment pour les chevaux). Nos cavaliers étaient bien-sûr déjà allés dans pareil milieu, mais pas leurs montures ! Il y a eu des chutes, souvent sans gravité mais l’un d’eux s’est blessé en tombant plus lourdement lorsque son cheval, surpris par un bruit, s’est cabré ; il a dû abandonner avant la fin. Les cabosses sur les armures témoignent des difficultés rencontrées.

En route vers le col

En route vers le col, sans le heaume pour mieux respirer- photo Megapix’Ailes

Mais ils sont passés, c’est l’essentiel, ils ont franchi le col (courte cérémonie) après une marche de 5h (le double du temps normal) pour 700m de dénivelé positif, puis ils ont rejoint la bergerie prévue pour la nuit, côté italien à Chiappera : encore 600m de dénivelé négatif, 10h de marche et 14km au total. L’ergonomie de l’armure a vite montré ses limites, les mesures et tests d’effort prévus ont été réalisés. Ils reconnaissent juste que l’entreprise s’est révélée plus ardue que prévu, que ces armures sont particulièrement inconfortables !

Mais l’expérience a dû s’arrêter là, le retour n’a pas pu se faire par le même chemin à cause de l’orage (qui ne fait pas bon ménage avec les armures, et deux des chevaux étaient suffisamment apeurés) : tout le monde, a été rapatrié par la route. Mais quelle aventure !

La composante scientifique

Cette démarche de restitution historique s’est doublée d’une recherche scientifique sérieuse, en amont de la Marche ou pendant celle-ci, afin de retrouver et objectiver les difficultés de terrain, les efforts physiques consentis par les chevaliers du XVIè siècle dans leur entrave métallique. En un mot expérimenter et mesurer un vécu du passé avec les moyens scientifiques actuels, un programme scientifique porté par un historien. La collaboration avec l’université de Grenoble a impliqué plusieurs disciplines :

  • Des biologistes de l’UGA ont effectué une batterie de tests physiologiques portant notamment sur les échanges gazeux
  • Des biomécaniciens de l’Inria, experts en analyse du mouvement, ont effectué des tests mécaniques, fait des relevés avec et sans armure à l’aide de capteurs simultanés (68 caméras), avec Stéphane et Patrick comme mannequins. Ils ont modélisé et calculé sur ordinateur (via un système de reconstruction en 3D, un peu comme un hologramme) les contraintes liées au port d’une armure : amplitude moindre des mouvements, modification du centre de gravité, compression de la cage thoracique, etc
  • Des militaires confrontés en opérations à des contraintes semblables, version moderne, se sont joints à la Marche : un petit détachement du 4è régiment de chasseurs de Gap, lointains successeurs des troupes royales, en tenue de combat d’aujourd’hui avec arme, gilet pare-balle et paquetage, un poids total assez comparable de 40kg. L’Armée est concernée par ce que ressent l’homme armé face à la montagne, quelles capacités physiques et morales sont requises, comment l’ergonomie peut être améliorée.

L’expérience menée par MarchAlp est jugée pertinente pour l’armée moderne, qui y voit une problématique commune de mesure des efforts et du stress, du vieillissement prématuré des hommes et du matériel

  • Un médecin du sport qui a pu procéder à des tests d’effort pendant la journée de marche (rythme cardiaque, tension, effort respiratoire, sudation, hydratation, température car il fait chaud sous l’armure, dosage d’acide lactique), constater (et prévenir si besoin était) les inconforts voire souffrances liées au poids, à l’entrave de l’habit de métal qui à la longue fait mal et comprime les voies respiratoires (contrairement au gilet pare-balles)
  • Le défi était plus grand encore pour Patrick, grand sportif certes, mais handicapé par sa prothèse, obligé à fournir 40% d’effort en plus, et qui a cassé 2 fois sa prothèse à l’entrainement comme il nous l’explique : cette problématique additionnelle contribue aussi à la recherche médicale.

Le retour d’expérience est satisfaisant, même si certains des résultats sont toujours en cours d’analyse : Plusieurs articles scientifiques – en Histoire mais aussi en physiologie – sont prévus, qui porteront sur différents aspects de cette restitution rigoureuse d’un fait historique. Une histoire enrichissante et transdisciplinaire.

Déjà au XVIè siècle, le passage par les Alpes, et les guerres d’Italie au global, ont eu des retombées, permis de dresser des cartes, tracer des routes qui existent encore, et globalement fait progresser les connaissances dans la relation de l’homme à la montagne.

Un documentaire vidéo primé

Toute l’expérience a été suivie par une équipe vidéo de la jeune société Megapix’Ailes (créée en 2012 et dirigée par Marjolaine Gal). Résultat : un beau film de 26 minutes, très bien monté, intitulé « Des Chevaliers dans la Montagne ». Il est appelé à être partagé avec les universités, lycées, collèges et écoles, et au sein de l’armée, dans un but éducatif. Les enfants adorent qu’on leur raconte des histoires du passé, notamment si elles touchent à la chevalerie. Aller sur le terrain, certains disent « faire de l’Histoire avec ses pieds », y mettre du rêve, voilà des objectifs liés.

Le film relate la préparation des hommes et du matériel en vue de l’opération MarchAlp et resitue bien l’exploit de l’époque dans son contexte historique, les enjeux pour François 1er qui vient de monter sur le trône à 20 ans et a besoin de s’affirmer. Il présente également certains des documents (dont la fameuse lettre du roi à sa mère) et œuvres d’art sur lesquels a pu s’appuyer l’historien. Et surtout, il montre comment on a pu vérifier sur le terrain la véracité des écrits, il nous fait suivre la reconstitution moderne à 500 ans de distance, la marche de 4 hommes équipés de pied en cap comme leurs glorieux prédécesseurs, accompagnés de scientifiques, sportifs et passionnés.

Il s’agit de « revivre l’histoire pour mieux la comprendre », comme le dit Stéphane, ici mettre un épisode historique précis et décisif à la portée du grand public.

Le film, coproduit avec Bayard Production (société de Cameron) et Labex ITEM a reçu le prix Jeunesse et film d’aventure scientifique au festival Montagnes et Sciences le 9 novembre 2019.

Une version longue de 52 minutes destinée aux chaînes télévisées est en projet, ce que permet la quantité impressionnante d’images recueillies.

L'affiche du documentaire video

L’affiche du documentaire vidéo – Megapix’Ailes

En conclusion de MarchAlp

L’opération a été un succès : nos chevaliers en lourde armure sont passés en Italie, ils peuvent raconter l’aventure et les efforts consentis, le tout consigné dans un documentaire vidéo.

On peut tirer plusieurs enseignements de cette aventure scientifique et humaine :

  • En restituant les conditions matérielles et humaines de cette traversée, la démonstration est faite que la cavalerie lourde a pu passer par un col que les redoutables Suisses ne gardaient pas, les prenant ainsi à revers, dans des tenues totalement inadaptées pour la montagne. C’est audacieux, on en mesure la difficulté, mais c’est faisable
  • Si l’opération est une prouesse de nos jours, elle l’était déjà en 1515, une performance logistique, physique et morale pour des milliers de vaillants chevaliers. Ces derniers étaient des athlètes de haut niveau, aguerris. On sait qu’ils étaient entraînés depuis leur enfance en vue de porter l’armure et manier les armes, on comprend pourquoi.

La lettre n° 46 des Amis de Bayard

 

couverture lettre N° 46 Au Sommaire

Les puissants destriers de notre chevalier Bayard et de François 1er son roi-chevalier [2è partie]

Histoire du fer depuis ses origines jusqu’à l’époque du chevalier Bayard

2015 fut l’année Bayard, 2017 fut l’année Lesdiguières

La vie de l’Association

Compte-rendu de l’Assemblée Générale du 18 mai 2019

Visite au musée des Forges et Moulins de Pinsot

Tout est dans la nuance… du fer

Quelques données sur l’acier

Les administrateurs des Amis de Bayard

 

Une armure conforme à celle de Bayard remise à la ville de Pontcharra

 

Le 9 décembre 2019 l’association Les Amis de Bayard recevait au cinéma Jean-Renoir ses adhérents et amis ainsi qu’un nombre de personnalités invitées, de la ville et des communes limitrophes.

Le documentaire de 26 minutes réalisé par la société Mégapix’aile, couvrant le projet MarchAlp porté par Stéphane Gal et Patrick Céria – trois cavaliers en armure et leur coach suivis par une troupe de 50 personnes en tenue d’époque, qui sont passés en Italie par le col Mary les 6 et 7 Juillet 2019 – a été projeté et apprécié, témoin les nombreuses questions du public. L’opération, qui a demandé deux ans de préparation pour deux jours de marche en montagne, est présentée dans d’autres articles de ce site internet.

Patrick, vice-président des Amis de Bayard, a accueilli le public et remercié les nombreux partenaires du projet, bénévoles et soutiens financiers, sans lesquels il n’aurait pas vu le jour. Stéphane a commenté le film réalisé par sa fille Marjolaine (6 caméramans qui n’étaient certes pas en armure, mais qui ont dû porter leur lourde caméra dans la montagne). Bien placés pour répondre aux questions, étant deux des trois cavaliers qui se sont prêtés à l’expérimentation.

Patrick et Stéphane en armure

Patrick et Stéphane en armure

Le troisième cavalier en armure était Cameron O’Reilly, qui affiche une prédilection pour la vie et les exploits de Bayard, impressionné par le caractère du héros, mais aussi généreux contributeur financier de l’opération. Cameron a également accepté de commenter son expérience, avec une pointe d’humour anglo-saxon bienvenue.

Les trois ont cherché à revivre par cette expérimentation- et nous faire revivre le temps d’un soir – un épisode remarquable qui s’est déroulé il y a 500 ans, en prélude à la bataille de Marignan : la traversée des Alpes par Bayard, cavalier hors pair et héros des guerres d’Italie, à la tête sa troupe. Stéphane a apporté ses connaissances d’historien de métier, débordant sur ce que l’Histoire ne dit pas mais que MarchAlp a permis de reconstituer : la difficulté organisationnelle, physique et morale d’une telle entreprise. Somme toute une aventure scientifique et humaine destinée à faire connaitre notre histoire, y remettre du rêve tout en faisant progresser la science.

La projection et les échanges ont été suivis par la remise officielle, par la présidente de l’Association Geneviève Dumolard Murienne, de l’une des trois armures à la ville de Pontcharra,  représentée par son maire Christophe Borg. Cet objet, qui a donc franchi le col Mary, est une armure complète, fidèle copie de celles que portaient les chevaliers en 1515. Elle sera exposée dans une vitrine à la mairie et contribuera à l’évocation d’un passé glorieux autour de Pierre Terrail, 3ème Seigneur de Bayard, né à Pontcharra.

La soirée s’est clôturée par un pot de l’amitié.

Remise de l'armure

Remise de l’armure (photo Dauphiné Libéré)

Une publication originale de 2019 sur Bayard

Nous avons reçu à l’Association la visite de Michel Henri Maffre, un Dauphinois de naissance et amateur de jeux de langage, venu présenter son ouvrage original sur Bayard entièrement écrit sous forme de lipogramme, sans la lettre « e » qu’il a choisi de supprimer. Notre « chevalier sans peur et sans reproche » y devient « Bayard, jamais froussard, toujours loyal », puisque la célèbre expression comporte six fois la lettre « e ». Et celle-ci ne lui va pas si mal non plus.

Couverture ouvrage M.H. Maffre

Page de couverture, avec l’autorisation de l’auteur

Car c’est bien le but : un lipogramme (du grec « enlever » et « lettre ») est un texte d’où sont délibérément exclues certaines lettres de l’alphabet, mais qui doit rester compréhensible. C’est l’une des formes d’écriture sous contrainte du club d’écriture OuLiPo (pour Ouvroir de Littérature Potentielle) dont l’auteur fait partie, tout comme il est membre de la Société des Écrivains Dauphinois. La vertu des contraintes est de stimuler l’imagination. Les effets visés sont multiples : rythmiques, comiques, ludiques.

On pensera qu’il s’agit d’un pur exercice de style, un tour de force (d’autant plus que la lettre « e » ici interdite est la plus fréquente de la langue française), dont le résultat doit sonner étrange dès que le texte est un tant soit peu long. De fait, il s’agit d’un petit ouvrage plaisant, dont on se surprend à lire toutes les pages avec intérêt, oubliant presque le jeu de langage qui est à sa base. On comprend tout, les trouvailles sans « e » se marient bien avec le vieux « françois » et l’évocation du Moyen-Age. C’est ludique, bien illustré, fort bien documenté (chacun appréciera les passages de la vie de Bayard qu’il connait plus particulièrement). Et complet : même l’harassante montée cet été d’un col en armure complète (le projet MarchAlp) y trouve sa place.

Cet ouvrage – lui-même harassant à écrire- est un hommage aux exploits du valeureux Chevalier, avec une différence notable : l’auteur nous dit y avoir pris beaucoup de plaisir.

La Lettre n°45 des Amis de Bayard

Notre dernière revue :

La lettre Numéro 45 de novembre 2018

Une joute entre deux seigneurs

.               Au Sommaire

Etude scientifique du crâne de Bayard

Principales caractéristiques de l’alimentation de Bayard

Estimation de l’âge de Bayard à sa mort

Les puissants Destriers de notre chevalier Bayard et François 1er  son roi-chevalier  [1ère partie]

La vie de l’Association

Un beau voyage des Amis de Bayard en Sud Bourgogne

Hommage à Joseph Murgier

March’Alp 2019 : quand la science d’aujourd’hui marche dans l’histoire

Compte-rendu de l’AG du 5 mai 2018

Conférence « Analyse des restes présumés de Bayard ? »

Invitation à la Conférence du Professeur Lucotte

« Le Vrai visage de Bayard »

 

le samedi 13 Mai 2017 à 9h45 , au cinéma Jean RENOIR,

90 Rue de la Gare, à PONTCHARRA  38530   (face à la Mairie).

Ouvert à tous dans la limite des places disponibles

.                 Jacques Viret

.                Président

adhésion 2019

Bulletin d’adhésion à l’association « Les Amis de Bayard »

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    Bulletin d’adhésion 2019

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fete Bayard Pontcharra 2015

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 « Les Amis de Bayard »

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.             Jean Pierre PAUZE

.             162  Imp Pré Torchon

.             38530 PONTCHARRA,

Ossements présumés

Identification   des ossements   du Chevalier Bayard

Allocution de Mr  Jean-Christophe PARISOT de BAYARD 

Assisses de la culture de la communauté de communes du Haut Dauphiné

Présidé par Mr Langenieux Villard   le 17 Octobre 2015 à Pontcharra

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Notes de Jean Pierre PAUZE  trésorier de l’association des Amis de Bayard

 

Vous savez qu’en France il y a 100 préfets dans les préfectures et 10 en mission de service public. Ma mission, mon travail quotidien est la lutte contre l’exclusion

Je suis issu d’une famille dauphinoise, qui intéresse beaucoup les historiens. Mon ancêtre, Pierre Terrail 3ième Seigneur de Bayard, n’a pas de descendant vivant aujourd’hui. Sa fille illégitime, n’a plus de descendant depuis 1875. Reste la famille Alleman.

Vous connaissez un peu l’histoire de la famille ; la mère de Bayard Elena Alleman avait des frères et sœurs. Je descends de l’une d’elles Catherine Alleman. La famille Alleman a récupéré la seigneurie de Bayard jusqu’au 18ièm siècle, car il n’y avait pas de descendant Terrail. Moi, je descends du 4eme Alleman qui a de nombreuses branches : la plus importante, celle de « de Bois-Fin » qui a présidé le département du Dauphiné jusqu’au 18ieme siècle et la famille de Meldieu qui a été maire de Grenoble au 19ième siècle

J’ai réuni, il y a à peu près  4 à 5 ans, les archives familiales. Je les ai déposées auprès du  garde des sceaux. Elles attestent  que sur 17 générations, je descends en ligne directe de Catherine Alleman. Le garde des sceaux m’a donc autorisé à relever le nom de Bayard, étant le plus proche parent du chevalier.

Pourquoi j’ai voulu faire cette demande ? En France, on a besoin de repères, et quand il y a des beaux repères, on n’a pas le droit de les oublier. Je pense que Bayard fait l’unanimité. Bayard a été reconnu par tous les régimes, monarchie, république, empire. Tout le monde a considéré qu’il avait des valeurs essentielles à notre patrie

Les nouvelles de Bayard, il y en a beaucoup ? Je vais vous raconter ce qui c’est passé depuis la mort de Bayard et l’actualité

Bayard a été ramené à Grenoble. Il est mort d’un coup d’arquebuse qu’on lui a tiré dans le dos en Italie. Ce fut un drame national parce qu’il était extrêmement apprécié, non seulement  par les Français, mais aussi,  par ses ennemis et tous ont célébré ses obsèques sur le champ de bataille ! Pour son transport jusqu’à Grenoble, on sait aujourd’hui qu’il a été momifié, et qu’il a été exposé, hors de son cercueil, pendant plusieurs jours dans l’abbatiale. Les habitants du Dauphiné on  pu voir son corps. Il était lieutenant général du Dauphiné  et très apprécié. Bayard aurait voulu être enterré à Grignon, à Pontcharra, près de ses parents. Ce n’était pas possible vue sa notoriété nationale. Il a été enterré au couvent des minimes à Saint Martin D’hères, dans la chapelle de sa famille, construite par son oncle, l’évêque Laurent Alleman.

Il existe des avis différents sur l’emplacement exact de cette chapelle familiale. Certains disent devant le maitre autel ; Chevrier, devant le bénitier en sortant de l’église. Ce détail est très important. Le temps passe. Deux personnes de la famille de Bayard, au cours des siècles, ont demandé à être enterrés  près de Bayard. Ils étaient de  la famille de  Porchenu,  propriétaire de la chapelle, et mes lointains cousins. Puis ce fut Mr Valbonnais , le fameux historien grenoblois du 18ième siècle . On a les preuves que ces trois personnes ont voulu être enterrées près de Bayard.

L’église avec le temps commence à se délabrer et tombe en ruines petit à petit. Un fermier y entrepose du foin au 18iem siècle. En 1795 l’église est vendue. On prend la statue que l’on ramène à Grenoble. Au début du 18ieme siècle, le régime politique change ; la restauration arrive, Louis XVIII a besoin de symboles. Nous sommes en  Juillet 1822, et  Bayard reste très populaire. Le roi écrit au préfet de Grenoble de faire des fouilles. Celui-ci va voir les ruines de l’église. Il veut faire un cadeau à Louis XVIII ; il reste un mois  avant l’anniversaire. Il  se précipite, fait soulever les dalles devant le maitre autel. Il y a des os un peu partout,  et dans une tombe derrière, il trouve des éperons : il se dit voilà Bayard !

Ses restes sont emmenés en grande pompe à Grenoble dans un cercueil tiré par 4 chevaux noirs. Le baron d’Ossier   va remette deux ossements, prétendus de Bayard, au marquis de Sassenage.   On pense qu’on a retrouvé Bayard. Plus tard, on se rend compte qu’il s’agit de deux ossements de femme ! Cela pose question ! Elle devait mesurer 1 mètre 60  alors que Bayard était un grand gaillard ! On se rend compte que l’on n’a pas enterré Bayard !

Puis des informations commencent à circuler notamment par les prêtres : à Saint Martin d’Hères il y a des endroits qui n’ont pas été fouillés dans la chapelle. On découvre au château d’Uriage des documents qui attestent que les deux « de Porchenus » ont voulu se faire enterrer près de Bayard, l’un à droite et l’autre à gauche. Mr Valbonnais, lui, serait au-dessus.

En 1937, on fait des fouilles, cette fois près du bénitier, et on découvre, dans la vase, 4 cercueils. Or dans ces quatre cercueils il y a deux choses  incroyables, un squelette a une couleur brunâtre et il porte une plaque en argent, et les trois autres sont blancs. Tout coïncide, cela doit être Bayard. On  ramène les os dans des caisses à la mairie de Saint Martin d’Hères. Pendant la guerre les Allemands ouvrent les caisses pensant à des armes cachées. On a ainsi la preuve que ces caisses étaient bien là !

Dans les années 50, le Maire ne sachant pas trop quoi en faire, appelle les archives départementales de l’Isère et les fait transporter là-bas. Différents médecins vont venir inspecter ces ossements : il a 4 fémurs et toujours 4 cranes, dont un a une drôle de couleur, celui  du présumé Bayard. Les ossements ont été exhumés plusieurs fois et ont été plus ou moins entretenus. Les amis de Bayard se sont beaucoup penchés sur ce point, ils  ont demandé, en vain que l’on fasse des analyses complémentaires.

Il y a  trois ans, j’ai eu le privilège d’aller aux archives. J’ai pu voir les ossements et j’ai été surpris de deux choses

La première c’est la couleur étrange d’un squelette. A l’époque Bayard a été exposé hors de son cercueil pendant plusieurs jours, il a été momifié dans des épices ou dans du vin, ce qui expliquerait la couleur sombre

Deuxième hypothèse Il a été enterré avec son armure et cette armure s’est décolorée sur les os. Avec les outils de l’époque dans les années 60-80, impossible d’en dire plus.

J’ai rencontré  différents experts. L’un d’eux m’a proposé de passer au carbone 14 le squelette.  Le laboratoire pourrait donner une date avec une approximation de plus ou moins 30 ans. Ce qui aurait été intéressant, car cela permettrait de  savoir si ces cranes  étaient décalés dans le temps et différencier les personnes en fonction de leur date d’inhumation.  Il faudrait découper des rondelles de deux centimètres et les archives départementales ont dit que ce n’était pas possible car cela abimerait les cranes.

Il y a une affaire récente en Angleterre qui a généré une nouvelle piste.  On a retrouvé des restes présumés de Richard III. On a été étudié leur ADN et on l’a comparé avec ceux des descendants actuels, filles et garçons. Ainsi on a acquis la preuve que c’était bien les restes de Richard  III. Fort de ce résultat, puisque les indices génétiques rendent possibles la comparaison des gènes à  500 ans d’écart, je suis allé voir un généticien, le professeur Lucotte.

Je me suis mis en quête de retrouver les descendants mâles et femelles si j’ose dire, en ligne directe de la famille TERRAIL. Moi-même je ne suis pas en ligne directe, il y a des cassures avec des hommes et des femmes. En génétique, il ne faut que des lignées d’hommes ou de femmes, pour valider les résultats !

Grace à 600 heures de travail dans les archives, j’ai réussi à trouver trois personnes, descendantes de fille en fille, de la mère de Bayard. Les gènes des hommes mutent à chaque génération, c’est très compliqué de comparer une population d’aujourd’hui avec des hommes d’il y a 500 ans. Par contre, avec les gènes des femmes, L’ADN mitochondrial ne mute que tous les 500 ans ; il est ainsi très facile de comparer les gènes de la mère de la mère de la mère etc, et de savoir  s’ils sont les mêmes.

Il y a donc trois personnes en France qui descendent de la famille de la mère de Bayard. J’ai soumis la question au généticien qui m’a dit « oui, on peut comparer l’ADN du crane présumé de Bayard avec des femmes d’aujourd’hui. C’est Possible ». Deuxième intérêt : à partir des restes de Bayard, on peut isoler un gène, et ainsi  apprendre beaucoup de choses : savoir la taille, la nourriture, quels étaient ses origines, de quoi est-il mort …On peut même, grâce à la génétique, reconstituer le visage d’une personne, à peu près bien sur, comme un portrait robot, connaitre la couleur des yeux, des cheveux,…

La grande nouvelle que je voulais vous apporter, c’est que les archives ont accepté de faire ces analyses ADN. Ainsi dans les mois qui viennent on va savoir si c’est bien le crane de Bayard !

C’est une grande nouvelle pour vous, car si c’est bien Bayard il va falloir lui faire des obsèques ! On ne peut pas laisser le crane d’un héros de l’histoire de France comme cela, dans une caisse !  Les gens de Pontcharra, avec la communauté de communes, vont particulièrement être impliqués dans cet évènement. J’ai rencontré le directeur du musée dauphinois qui m’a dit « si c’est vraiment Bayard on va exploser les ventes de visites dans la région, car beaucoup de gens voudront venir voir ».  Il va bien falloir l’enterrer quelque part,  donc réfléchir au niveau des services de  la culture, qu’est ce qu’on peut en faire et comment valoriser ce trésor.

Ce qui est impressionnant et qui me trouble, c’est que  ces quatre cranes soient ensemble, il y donc une continuité dans les documents historiques. Avec un corps isolé perdu, cela aurait été plus compliqué. La deuxième indication est cette couleur étrange : grâce au microscope électronique on va savoir si c’est  du vin, des épices,… et les historiens sauront comment on embaumait les chevaliers à l’époque. Et  puis il y a cette plaque en argent que l’on a retrouvée attestant  que c’est un officier Français. Beaucoup d’éléments concordent. Je suis très optimiste sur les résultats. Et enfin, il y aura cette confirmation génétique, qui donnera l’identité de cette personne, que c’est bien Pierre Terrail le fils de Catherine Alleman.

Il y a une piste qui a été abandonnée récemment. Une descendante, la fille de Bayard, Jeanne, était enterrée à La Côte Saint André. On aurait pu faire une comparaison très rapide avec elle. Malheureusement, les Amis de Bayard ont confirmé que les restes ont disparu dans le réaménagement du cimetière. C’est bien dommage.

Il y avait aussi le risque que dans les trois autres squelettes, des « Le Bourchenus », certains  soient en ligne directe, cela aurait biaisé les analyses. Ce n’est pas le cas, il n’y a pas de soucis de confusion.

Le problème du financement des travaux est bien présent. Il y a deux études à prévoir.

La première analyse porte sur le corps présumé de Bayard. Il faut compter aujourd’hui 4700 euros par mesure ADN. Si certains veulent faire un don, je le remettrais bien volontiers au chercheur, car il faut louer du matériel de haute définition génétique

La deuxième analyse ensuite : Il reste une dent sur  une mandibule. Sous la dent, on peut trouver un puits d’ADN une vraie chance ! On la remettra ensuite sur la mandibule ! Mais on pourra ainsi comparer cet ADN avec celui des trois descendantes

Vous pouvez contribuer à une grande cause nationale sous la forme d’un don en partie déductible de vos impôts !

Si la communauté de communes peut participer, d’autre gens bien sûr… . J’ai la volonté d’arriver à faire ces analyses

Je ne veux pas être seul dans l’aventure.  Je pense que l’enjeu Bayard est assez fort pour le tourisme dans la région

Si on identifie Bayard et si on se débrouille bien avec les services culturels  on peut monter une exposition extraordinaire. Beaucoup de personnes  viendront la voir. L’enjeu est très important

Ce serait dommage de faire une année Bayard, et de laisser tomber son corps dans une situation pas très digne, aux archives départementales. Nous avons une responsabilité collective !  Il faut lui rendre hommage, ici, dans sa famille, mais  pas seulement en Grésivaudan. C’est important pour notre histoire nationale  d’avoir des repères, des personnalités qui ont fait notre identité. Il fait l’unanimité dans le service des autres, dans les valeurs qu’il a pu déployer. Bayard n’est pas mort riche. Il n’a jamais cherché à avoir de l’argent.  Il a toujours essayé de servir le mieux possible, dans un idéal qui, à l’époque, n’était pas ouvert à des actes de noblesse. Ainsi lorsqu’il est allé en Italie, il a interdit à ses soldats de violer les femmes dans les villes, et à veiller à ce que les honneurs militaires soient rendus aux soldats vaillants. Il n’a jamais cherché à avoir des privilèges autres que ceux de la chevalerie française.

C’est quelqu’un qui a beaucoup marqué les esprits et a inspiré de nombreux auteurs  parce qu’il avait un idéal de service, que tout son entourage reconnaissait. Lorsqu’il a adoubé François premier, fait contesté par quelques pseudo-historiens actuels mais bien attesté par quatre témoins oculaires, il a été l’image de celui qui sert son pays, non pas pour l’argent ou autre chose, mais par fidélité à sa patrie.

C’est une très belle valeur que l’on pourrait développer aujourd’hui,  C’est beau de servir son pays par des actes gratuits et spontanés

Merci de votre attention