Archives de l’auteur : Ghislain LEROY

Bayard à l’honneur à Charleville-Mézières

Un groupe de personnalités locales et 13 adhérents des Amis de Bayard s’étaient donné rendez-vous au square Mialaret (ou square Bayard) le 2 octobre 2021, pour commémorer la défense héroïque de la ville par le chevalier, il y a pile 500 ans.

square Mialaret Mézières

La cérémonie a été orchestrée par Jean-Pierre Collignon, Président d’honneur des Amis du Musée de l’Ardenne, au pied de la statue. Les points forts de ce programme dense ont été :

  • Les 5 discours successifs, à la fois concis et touchants, dont celui de l’adjointe au maire Nathalie Robcis, et celui du Président des Amis de Bayard Philippe Langenieux-Villard, qui a souligné les qualités de gentilhomme du chevalier, à côté de celles, davantage connues, de chef de guerre. Les cérémonies prévues à Pontcharra en 2024 pour commémorer la mort au champ d’honneur de notre héros ont aussi été évoquées
  • La remise symbolique du collier de l’Ordre de Saint Michel à la statue en bronze du sculpteur Aristide Croisy qui trône à l’entrée du square, face au rempart nord de la ville. Haute de 2m80 et son piédestal de 4 m, il a fallu utiliser une nacelle. Fièrement porté par la statue, le collier a été dessiné à partir de documents d’archives
  • La réception à l’Hôtel de ville de Charleville-Mézières
  • 2 conférences à l’auditorium du Musée des Ardennes, sur des thèmes liés à la commémoration : les pérégrinations de la statue et sur les techniques de siège.

Noter que le sculpteur ne risquait pas « d’oublier » de faire figurer ce collier, que le récipiendaire devait porter en toutes occasions : 1) il a représenté Bayard en armure lors du siège de la ville par Charles Quint, qui s’est terminé en victoire française car le défenseur, pourtant en infériorité numérique, finit par obtenir la levée du siège son ardeur et sa ruse, et 2) cette décoration, la plus haute distinction de l’époque, lui fut remise par la suite par François 1er, en récompense de ce fait d’armes. Le collier provisoire ne restera en place que jusqu’au 10 octobre, mais le plan symbolique, tous les admirateurs du chevalier auront apprécié l’idée de M. Collignon : voir la statue un temps ceinte de la décoration amplement méritée.

La statue ceinte du collier

Pour l’aspect technique, ce collier, chaîne et médaillon, a été scanné et numérisé à partir de représentations (tableaux) puis fabriqué en résine par impression 3D et enfin peinte et patinée, le tout au fablab de l’école d’ingénieurs de la ville. Elle brille comme de l’or, et la qualité de cette réplique, le choix des motifs (fonction de la personnalité du récipiendaire, comme les colliers de l’Ordre étaient tous différents) et le devoir de mémoire du siège de 1521, font que l’objet sera exposé en bonne place à la mairie.

Pour finir, rappelons la réplique de Bayard à qui l’on objectait que, dans une forteresse en mauvais état, résister à un siège par une armée impériale bien équipée était vain : « Il n’y a pas de place faible, là où il y a des gens de cœur pour la défendre ».

En route vers Charleville-Mézières

Le point d’orgue de ce court voyage était une commémoration de la défense héroïque de la place forte de Mézières par Bayard il y a 500 ans : cérémonie avec discours et décoration symbolique (du collier de l’Ordre de St-Michel) de la statue de Bayard, en présence de personnalités locales et un groupe d’adhérents des Amis de Bayard (photo), suivie d’une réception à la mairie de Charleville-Mézières. On rappelle que La traversée à cheval sur les pas de Bayard, organisée par Patrick Ceria, de Pontcharra à Mézières, a due être reportée en raison du contexte sanitaire.

Compte-tenu de la longueur du trajet et du souhait d’en faire aussi une sortie culturelle, un voyage sur 4 jours a été préparé par Jean-Pierre Pauze, du jeudi 30 septembre 2021 au dimanche 3 octobre. Nous étions 13 Amis réunis pour la journée de commémoration, dont 10 ont profité du programme suivant de bout en bout, et dans la bonne humeur.

Jeudi : départ de Pontcharra, halte à Langres avec visite guidée de cette puissante cité militaire (remparts, vieille ville, panorama sur les vallées environnantes), puis du musée consacré au philosophe et encyclopédiste Denis Diderot, installé dans le bel hôtel particulier. La ville méritait bien une étape.

Vendredi : visite guidée de la paisible commune de Colombey les deux églises : la demeure familiale de la Boisserie et le Mémorial faisant revivre l’épopée de Charles De Gaulle, deux incontournables, mais aussi la monumentale Croix de Lorraine, sans oublier une halte devant la tombe du Général.

Samedi consacré à la cité héroïque (voir articles séparés) : cérémonie le matin devant la statue de Bayard le matin puis visite de la basilique et enfin réception à la mairie de Mézières. L’après-midi visite des remparts, suivie de 2 conférences : l’une sur les pérégrinations de la statue de Bayard par Mr Collignon, l’autre sur les techniques du siège au début du 15ème siècle par Pascal Brioist, enseignant-chercheur de l’université de Tours. Un volet côté Charleville, sur les pas d’Arthur Rimbaud, avait été évoqué, mais le temps a manqué. Nous avons juste admiré la place ducale.

Dimanche : retour à Pontcharra via Châlons-en-Champagne, carrefour d’échanges commerciaux au Moyen Age, avec visite guidée de cette ville au patrimoine architectural intéressant. Trajet retour sous une pluie battante mais qu’importe, il a fait beau les jours précédents et nous avons amplement profité des paysages de campagne à l’aller.

Les Amis de Bayard au pied de la statue

 

Hommage à Marcel Fakhoury

Les Amis de Bayard ont appris avec peine le décès de Marcel Fakhoury le 19 octobre. Trois d’entre nous ont assisté aux funérailles et Jean-Pierre Pauze a prononcé un petit mot au nom de l’Association.

Il faut dire que Marcel a marqué notre région par son riche parcours, sa personnalité attachante et, en ce qui nous concerne plus directement, son vif intérêt pour le chevalier Bayard, ce héros légendaire qui l’inspirait particulièrement.

Né en Egypte, Marcel Fakhoury quitte son pays à 23 ans pour s’installer en France. Il a travaillé principalement chez Caterpillar à Grenoble. Une fois retraité, il s’inscrit à la Société des Ecrivains Dauphinois où il occupe le poste de trésorier, avant d’être nommé vice-président. Il est également membre associé de l’Académie Delphinale et directeur de rédaction des « Cahiers de l’Alpe ». Par ailleurs, il est correspondant du quotidien le « Dauphiné Libéré » et chroniqueur sur Radio Grésivaudan : une activité qui force l’admiration.

Épris de poésie, de littérature et d’histoire, Marcel s’est intéressé à toutes sortes de sujets. Parmi eux l’histoire de Morêtel-de-Mailles, où il a vécu près de 22 ans, ce qui lui a donné l’occasion d’évoquer avec talent la vie de Bayard. Il a écrit sur deux de ses compagnons : son biographe Jacques de Mailles, dit « Le loyal serviteur », et sur son lieutenant le chevalier de Boutières, à qui François Ier remit le collier de l’Ordre de Saint Michel pour faits de guerre, comme à Bayard. Ces deux personnages remarquables ont habité sur cette même commune. Il a aussi écrit sur Jeanne Terrail, la fille du chevalier.

Marcel Fakhoury

On ne saurait rendre hommage à Marcel sans évoquer deux autres écrivains grenoblois qui nous ont quittés pratiquement en même temps : Lisette Blanc le 3 Juin (voir l’hommage sur ce site) et tout récemment, le 27 octobre, Raymond Joffre. Les trois étaient unis dans leur amour de la littérature et de l’histoire et leur volonté de partager ces passions avec tous. Beaucoup se rappellent les lectures théâtrales costumées, saynètes ou contes historiques écrits par Marcel et illustrés par Lisette, lues en duo (photo), comme celle intitulée « Bayard chevalier courtois et généreux », avec Lisette dans le rôle de Jeanne Terrail et Marcel dans celui de Jacques de Mailles, cités plus haut. Raymond aussi était un homme de grande culture, enseignant puis éditeur-libraire, président d’Ex-Libris Dauphiné et des Ecrivains Dauphinois. Ces trois figures locales vont beaucoup nous manquer.

Lisette et Marcel

 

 

Hommage à Lisette Blanc

Vive émotion dans le milieu des arts et lettres local : Lisette nous a quittés. Ses obsèques le 3 juin 2021 ont fait l’objet d’hommages emprunts de reconnaissance et d’amitié dans la presse, et en petit comité dans la discrète église de Biviers ou sur le parvis, situation sanitaire oblige. Le Président de la Société des Ecrivains Dauphinois Raymond Joffre a rappelé à quel point elle avait contribué à la vie littéraire et artistique dauphinoise, comptant parmi ceux qui lui donnaient de l’âme. Les Amis de Bayard étaient représentés par plusieurs membres, aux côtés de la famille et des proches. Nous avons aussi échangé par mail entre nous, voulant rappeler les souvenirs heureux, les conférences que Lisette donnait et les lectures théâtrales costumées qu’elle donnait avec Marcel Fakhoury, écrivain, faisant notamment revivre la légende du bon chevalier. Son époux Pierre aussi a beaucoup œuvré pour les Amis de Bayard, auprès de Jean Baccard. Ces messages tournaient autour de la personnalité attachante de Lisette, son célèbre sourire, ses talents multiples, pas seulement ceux d’artiste peintre. Ses admirateurs se rappellent son amour des belles lettres, en particulier de la poésie, de l’architecture, en commençant par les vieilles pierres, et de la musique, et aussi par son attachement au patrimoine régional.

Lisette Blanc

Née à Fontaine, études de peinture à Meylan, Lisette sillonna sa région pour trouver ses thèmes d’inspiration, illustra de nombreux livres, poèmes et cartes postales, notamment sur la Chartreuse. Son trait, délicat, son sens de la couleur permettent de reconnaitre cette illustratrice prolifique. Elle exposa ses œuvres à de nombreuses reprises et à participa à des concours, recueillant de nombreuses récompenses. Elle fut également invitée d’honneur à des salons prestigieux. Il serait long de rappeler la liste de ses engagements bénévoles, membre associée de l’Académie delphinale, des Artistes de Chartreuse et de la Société des amis des arts de Grenoble, secrétaire générale de la Société des écrivains dauphinois et directrice adjointe des Cahiers de l’Alpe.

Pour terminer cet hommage des Amis de Bayard, revenons sur les lectures théâtrales costumées, saynètes, contes historiques (écrits par Marcel Fakhoury, illustrés par Lisette Blanc), lues en duo, comme celle intitulée « Bayard chevalier courtois et généreux », avec Lisette dans le rôle de Jeanne Terrail, fille de Bayard, et Marcel dans celui de Jacques de Mailles, dit le Loyal Serviteur. Ces lectures vivantes restent parmi les outils les plus efficaces des passeurs de mémoire.

Statue de Bayard à Grenoble

 

Bayard au Musée de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie

L’ordre de Saint-Michel est un ordre de chevalerie séculier, fondé en 1469 par Louis XI. Ses membres se disaient « chevaliers de l’ordre du Roi », qui fonctionnait comme une confrérie. Le roi voulait rappeler que l’archange fut le premier chevalier, en combattant pour Dieu contre le Dragon, et qu’il avait toujours su garder le Mont Saint-Michel des anciens ennemis du royaume, à commencer par les Anglais. Le siège fut donc établi à l’abbaye du Mont, où se trouvaient peintes les armes de tous les anciens chevaliers (tous combattants, aucun simple courtisan à l’époque).

Cet ordre, qui jouissait d’un prestige considérable, était décerné à la discrétion du monarque, ce qui lui permettait de se créer un réseau de fidélités féodales. Il se voulait une réplique au célèbre ordre bourguignon de la Toison d’Or. Le roi de France le dirigeait, et les chevaliers, au nombre de trente-six, devaient lui prêter serment. Un siècle plus tard, Henri II transféra le siège dans la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, dont le maître-autel porte l’emblème de l’Ordre de Saint-Michel.

Lors des fêtes religieuses majeures et des grandes occasions, les chevaliers devaient porter le « collier d’or fait de coquilles lassées l’une avec l’autre » (coquilles Saint-Jacques pour rappeler le pèlerinage au fameux Mont) auquel était suspendu un médaillon représentant l’archange, debout sur un roc, terrassant le dragon. Principal insigne que recevait chaque chevalier, le collier pesait 200 à 300 écus d’or et restait la propriété de l’ordre. Il devait donc être restitué à la mort du récipiendaire. La devise de cet ordre de chevalerie était Immensi tremor oceani : « la crainte de l’immense océan », dérivée de l’image de St-Michel regardant la mer depuis le Mont. Rappelons que saint Michel était le saint patron du royaume de France jusqu’à ce que Louis XIII consacre son royaume à Notre-Dame.

Collier de Saint-Michel

Collier de l’ordre de saint-Michel porté lors des grandes occasions. À droite un pendentif, dit « petit ordre » arboré quotidiennement par tous les membres

Les chevaliers ainsi honorés prenaient l’habitude d’entourer leurs armoiries du collier de l’ordre, comme on le voit sur la peinture ci-contre, exposée au Musée National de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie à Paris à Paris. Seulement deux portraits y sont exposés, dans une salle consacrée aux ordres royaux : celui de Louis XI en tant que fondateur et ce tableau en pied de Pierre Terrail. François 1er lui a décerné cette décoration pour récompenser sa bravoure lors du siège de Mézières en 1521. La ville était assiégée par une armée de Charles Quint et défendue par des troupes françaises sous le commandement de Bayard et d’Anne de Montmorency. Le siège dura six semaines et se solda par un échec. Une commémoration est prévue l’an prochain pour marquer le 500è anniversaire, les Amis de Bayard ont prévu d’y prendre part.

Le portrait du chevalier Bayard exposé au musée de l’Ancien évêché à Grenoble le représente aussi portant le collier de l’ordre de St-Michel, comme les autres portraits connus ou le buste en marbre qui orne sa tombe.

Bayard chevalier de l'ordre de Saint-Michel

Bayard portant le collier de l’ordre de Saint-Michel, décoration que l’on retrouve sur le côté du prie-Dieu, entourant les armoiries du chevalier. En légende : «PIERRE. DE. TERRAIL. DIT. LE. CHER. BAYARD» (Musée de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie)

Les échanges d’ordres de chevalerie entre souverains, servaient la délicate diplomatie européenne. Ainsi le roi d’Espagne Philippe II fut ainsi intronisé dans l’ordre de Saint-Michel par Henri II.

L’ordre perdit progressivement de son prestige suite à une augmentation du nombre de membres et à des nominations trop faciles, ce qui amena Henri III à en créer un nouveau 1578 : celui du Saint-Esprit. Il continue néanmoins à être utilisé par le roi pour se créer une clientèle en province auprès de petits gentilshommes : les effectifs dépassent alors le millier de chevaliers et le collier n’est plus que rarement porté. L’Ordre est supprimé en 1791, en même temps que toutes les distinctions de l’Ancien Régime.

De nos jours, l’ordre des Arts et des Lettres est considéré comme l’héritier de celui de Saint-Michel.

Hommage à Jean Baccard

Nous avons appris avec une grande peine le décès de notre ami et ancien président Jean Baccard le 29 Août 2020 à l’âge de 95 ans. Son inhumation s’est déroulée le 3 septembre dans l’intimité, car vu sa popularité il n’était pas possible d’accueillir tous ceux qui auraient voulu honorer sa mémoire.

En plus d’une carrière professionnelle remarquable avec de hautes responsabilités, notamment en tant que directeur d’Alpexpo, un long parcours rappelé dans les journaux, il était très attaché à notre région et à son histoire. Il l’a prouvé et exercé en s’impliquant dans différentes associations, notamment celles de France-Roumanie, Pontcharra patrimoine et histoire (PPH) ou la Fédération des associations patrimoniales de l’Isère (Fapi).

Il a aussi dynamisé notre Association, la présidant 16 années de 1993 à 2009 et la portant jusqu’à 360 membres. Il avait créé le musée Bayard à Pontcharra, maintenant fermé, lancé la revue de l’Association, organisé des manifestations et voyages. Encore récemment, il assistait à un conseil d’administration en tant que président d’honneur et quelques jours avant sa disparition s’informait encore sur nos projets pour les commémorations de la libération de Charleville- Mézières où s’illustra Bayard (il y aura 500 ans l’an prochain).

Il aimait la tradition, se démenait pour la mise en valeur et l’animation du patrimoine, sur la commune de Pontcharra et ses environs. Il aimait aussi la montagne, l’a parcourue à vélo ou à ski tant qu’il a pu le faire. Ceux qui le connaissent savaient aussi son attachement à sa famille.

Notre ami Patrick Ceria a pu lui rendre un hommage à l’Association Les Amis du Grésivaudan, saluer son engagement et son esprit chevaleresque, témoigner notre admiration après tant d’années consacrées à notre patrimoine.

Le dernier conseil d’administration des Amis de Bayard a débuté par un hommage empreint d’émotion et de reconnaissance à Jean.

 

Ph 190209 J Baccard

MarchAlp à la croisée de l’Histoire et de la Science

MarchAlp est un projet porté par les Amis de Bayard en association avec l’UGA (Université de Grenoble Alpes). L’idée était de reconstituer un exploit des chevaliers un mois avant la grande bataille de Marignan, un récit habituellement héroïsé, mais pour lequel on manquait d’information ou d’objectivité sur maints aspects pratiques importants.

Bas relief tombeau de Bayard

Bas-relief en marbre du tombeau de François 1er à la basilique de Saint Denis

Le fait historique

Marignan clignote dans la mémoire collective des Français, dans le contexte des guerres menées par la France en Italie pour conquérir le duché de Milan, défendu par une coalition importante, regroupant des Italiens, des espagnols, l’armée pontificale et de mercenaires suisses. Mais avant de livrer bataille, le jeune et ambitieux François 1er et son armée ont dû franchir les Alpes, avec les chevaux et 372 pièces d’artillerie. Notre région a été au cœur de l’événement : le roi ordonna au printemps 1515 la concentration des troupes à Grenoble, sous la supervision du seigneur de Bayard, lieutenant général du Dauphiné. Les préparatifs côté français ne sont pas passés inaperçus, et les 32 000 Suisses tenaient déjà les cols et occupaient les villages stratégiques, notamment sur la route habituelle du Montcenis. Il a donc fallu franchir les montagnes par une route secondaire, celle des cols de Vars et de Larche, contournant ainsi les troupes suisses par le sud, un chemin muletier ne figurant pas sur les cartes de l’époque (si tant est qu’il y en avait).

L’armée française comprenait notamment 20 000 lansquenets allemands (le gros de l’infanterie) et des gascons aventuriers, 2 500 cavaliers lourdement armés des compagnies d’ordonnance qui perpétuaient les pratiques et usages du chevalier médiéval, au total 40 000 hommes et 12 000 chevaux, et davantage encore d’accompagnateurs : ravitaillement à dos de mulet, familles, sapeurs pour élargir la route, guides locaux (les armées recrutaient sur place), au global une entreprise énorme qu’il fallait organiser, pratiquement toute une ville qui se déplace, une troupe nombreuse et forcément un peu apeurée qu’il faut encadrer et nourrir.

Le roi restant avec l’arrière garde, Bayard est parti à la tête d’une troupe légère et déterminée, par encore une autre route inattendue, probablement le col de Mary (2 641 mètres, Alpes de Haute-Provence) afin de « nettoyer » le terrain avant l’arrivée du gros des troupes françaises. Ce raid a parfaitement réussi, prenant au dépourvu l’ennemi qui ne l’attendaient pas là. Il a fait douter les redoutables (et jusqu’à présent jugés invincibles) Suisses, capturé la majeure partie de la cavalerie du pape et son général, en garnison dans le Piémont, et renforcé le moral de l’armée du roi. Privée de sa cavalerie une armée devenait « aveugle ». Les Français ont pu passer en masse et se reposer, préparer bataille avant de l’emporter à Marignan près de Milan. L’artillerie (à qui on a donc pu faire franchir les Alpes) a joué un rôle décisif lors de cet engagement d’envergure, qualifié de « bataille des géants », dans une dynamique de victoire qui donnera à la France le contrôle de la Lombardie.

La problématique historique

Si les faits qui précèdent sont avérés, de nombreuses questions se posent, on aimerait avoir du détail, savoir tout ce que l’Histoire ne dit pas. Ce n’est pas la bataille qui nous intéresse ici, mais ce qui a bien pu se passer avant. Comprendre le vécu des hommes de guerre du roi lors du passage clé des Alpes. On sait que des sapeurs ont élargi et sécurisé une route que l’ennemi pensait impraticable, que les canons (ne pouvant être tractés) ont été démontés puis remontés, que François 1er ordonna que tous les princes et seigneurs restent en tenue de combat, conservent leur armure et leurs armes pendant la traversée, à part tout de même le heaume (porté à la hanche), malgré le soleil chaud. En effet, les Suisses étant réputés pour leurs attaques surprises et leur cruauté, et ils n’ont jamais été loin, au plus à quelques dizaines de kilomètres, de telles attaques auraient pu avoir lieu. La traversée des Alpes dans ces conditions était inédite, et en armure pour les cavaliers, avec autant de protagonistes lancés sur des chemins inconnus, un exploit à l’époque. Le souvenir de l’opération a été sculpté dans le marbre, sur le tombeau de François 1er à Saint Denis, un bas-relief qui détaille trois épisodes : les préparatifs, le passage des cols et l’affrontement des armées. On a comparé les lourds canons de bronze aux éléphants d’Hannibal.

Mais il reste que la cavalerie lourde n’était pas faite pour la montagne et on se demande encore comment ils ont pu réussir un tel exploit, quel effort physique et moral le franchissement des Alpes a représenté :

  • Comment tenir si longtemps et sur un trajet quasi-impossible quand on est engoncé dans une armure de 30 kg, auxquels il faut ajouter la cotte de mailles, les armes et les accessoires, déjà comment supporter la chaleur et respirer. Les chevaliers étaient athlétiques et entraînés à la guerre, mais surtout aux batailles en ligne sur un front large, aux charges en plaine
  • La technologie et l’ergonomie de l’époque restaient limitées, même s’il ne faut pas sous-estimer le savoir-faire des artisans du XVIè siècle. Il fallait, on imagine, ôter certaines parties de l’armure dans les passages escarpés, fréquemment mettre pied à terre. Le cheminement a dû être lent et fastidieux, alors que la tactique consistant à utiliser plusieurs cols voulait un déploiement rapide des troupes pour surprendre l’ennemi
  • La montagne était un milieu étranger aux soldats et à leurs montures : leur manque de connaissances et de préparation mentale était flagrant, comme l’ont écrit le roi ou les chroniqueurs de l’époque : on ne peut passer qu’en file indienne, on avait peur du vide, craignait la chute en armure ou encore de mourir de faim en l’absence de logistique adéquate
  • Les soldats à pied, notamment les lansquenets lourdement armés, étaient soumis aux mêmes difficultés de surcharge pondérale, sol glissant, etc. Les accidents étaient certainement nombreux (nous n’avons pas de statistiques)
  • Tout ce qui a été relaté dans l’Histoire officielle est-il plausible ?

Le projet MarchAlp et sa minutieuse préparation

Intitulé ainsi pour Marche Armée dans les Alpes, le projet a été lancé sur une idée de Stéphane Gal, enseignant-chercheur de l’Université de Grenoble-Alpes, et Patrick Céria, vice-président des Amis de Bayard et triple champion paralympique de cyclisme. Il s’agissait de restituer les conditions matérielles et humaines du franchissement des Alpes afin d’en mesurer scientifiquement la performance. Se sont portés volontaires pour l’expérimentation Stéphane et Patrick, Cameron O’Reilly, homme d’affaires et mécène, passionné d’histoire de France (et admirateur de Bayard en particulier) et enfin Mickaël Saade, jouteur professionnel et coach de l’opération.

Le travail de préparation a pris 2 ans pour rassembler tous les détails historiques nécessaires, rechercher des partenaires et des financements. Le souci d’authenticité a été poussé aussi loin que possible :

  • 4 armures expérimentales ont été réalisées sur mesure, 3 pour cavaliers (haut et bas) et 1 pour chevalier à pied (haut seulement, 14 kg). En acier trempant XC45 assez proche de celui de l’époque, la commande a été passée au batteur d’armes Georges Jolliot qui a pris les cotes sur les 4 hommes : les armures étaient faites sur mesure ! Il a ensuite fabriqué chaque élément selon les techniques de l’époque (on ne connaissait pas la soudure), par formage à chaud et repoussage : déjà le casque progressivement façonné d’une seule pièce à partir d’un morceau de tôle plate exige un réel savoir-faire. Il a aussi fabriqué les cotes de mailles à la main
  • Les chaussures aussi étaient fidèles (autant dire pas confortables, glissantes et ne protégeant pas les chevilles, pas du tout adaptées à la montagne), en cuir et sur mesure, modèle dit de « chasseur de chamois » confectionné par un autre artisan féru de techniques anciennes
  • Vêtements en lin, soie et cuir (les matières premières de l’époque), très colorés (voir photos), fabriqués par les familles et des bénévoles
  • 2 armes conformes (épée et dague) complétaient l’équipement du cavalier, jusqu’au repose-lance. Elles ont été testées non en tant qu’armes mais pour leur poids et encombrement
  • Un itinéraire par la même ou par une route semblable (la montagne n’a pas changé depuis), le col de Mary, a été décidé, à la même époque de l’année (en plein été), avec bivouac en altitude
  • Se sont joints des accompagnateurs en tenue d’époque, petite troupe comprenant des lansquenets venus d’Allemagne, des femmes et enfants (comme à l’époque) accompagnés de mules pour le matériel
  • Même la ration de nourriture à emporter pour 2 jours (on ne trouve que l’eau sur place) était conforme à celle de 1515 en quantité et composition (pain, fromage et viande séchée), dans une besace, poids supplémentaire pour chacun
  • Nos chevaliers pour l’occasion ont pris des cours d’équitation et se sont entraîné pendant des mois au port de l’armure, à pied et à cheval.
  • Pas de véhicule d’accompagnement, téléphone portable et autres anachronismes.

Une pause lors d'un entrainement

Une pause lors d’un’entrainement – photo Magapix’Ailes

Tout était authentique donc. Seule touche de modernité, et non des moindres : l’équipe de cinéastes de la société Mégapix’Ailes, portant (elle aussi !) ses 6 lourdes caméras et 1 drone.

Le coût important de l’opération a été assuré par l’association Les amis de Bayard, la commune de Pontcharra, le département de l’Isère et par Cameron.

Le déroulement de la Marche, enfin

On comprend bien qu’il s’agit d’une aventure hors du commun sur deux jours. Une certaine tension était palpable avant le départ. La petite troupe bigarrée et enthousiaste, certes plus modeste qu’à l’époque (50 personnes environ, une trentaine en costume d’époque) : étudiants en histoire, membres de l’association Les troupes du Puy-en-Velay, ceux d’une association allemande, des guides locaux et enfin des chasseurs alpins, est partie de Maljasset (1910 m) au petit matin du 6 juillet 2019.

Avant le départ

Avant le départ – photo Megapix’Ailes

Les 4 hommes en armure sont en tête, les autres suivant en file indienne – comme on le voit sur les tableaux anciens – avec drapeaux, tambours, 2 ânes pour le matériel (bivouac, matériel vidéo). Tout un spectacle.

Vu l’itinéraire, les aléas ont été de la partie, comme certainement cet été 1515 :

  • Difficulté du terrain, sentier étroit et escarpé, la pente atteignant parfois 30%. Rien que la marche à pied quand on est engoncé dans une armure, est harassante, le sol est glissant
  • Aléas climatiques comme souvent en montagne : soleil chaud le premier jour, nuit froide (certains n’ont pas pu dormir), orage et pluie le lendemain. Ils ont même rencontré de la neige, comme on le voit sur le film
  • Comportement des chevaux, sélectionnés pour leur habitude des armures (poids, bruit et reflets de lumière violents) mais pas à la montagne : passages étroits où le cavalier doit descendre et les mener par la bride, à pied), pentes raides et franchissement de torrents (en 1515 ils construisaient à la hâte des ponts, notamment pour les chevaux). Nos cavaliers étaient bien-sûr déjà allés dans pareil milieu, mais pas leurs montures ! Il y a eu des chutes, souvent sans gravité mais l’un d’eux s’est blessé en tombant plus lourdement lorsque son cheval, surpris par un bruit, s’est cabré ; il a dû abandonner avant la fin. Les cabosses sur les armures témoignent des difficultés rencontrées.

En route vers le col

En route vers le col, sans le heaume pour mieux respirer- photo Megapix’Ailes

Mais ils sont passés, c’est l’essentiel, ils ont franchi le col (courte cérémonie) après une marche de 5h (le double du temps normal) pour 700m de dénivelé positif, puis ils ont rejoint la bergerie prévue pour la nuit, côté italien à Chiappera : encore 600m de dénivelé négatif, 10h de marche et 14km au total. L’ergonomie de l’armure a vite montré ses limites, les mesures et tests d’effort prévus ont été réalisés. Ils reconnaissent juste que l’entreprise s’est révélée plus ardue que prévu, que ces armures sont particulièrement inconfortables !

Mais l’expérience a dû s’arrêter là, le retour n’a pas pu se faire par le même chemin à cause de l’orage (qui ne fait pas bon ménage avec les armures, et deux des chevaux étaient suffisamment apeurés) : tout le monde, a été rapatrié par la route. Mais quelle aventure !

La composante scientifique

Cette démarche de restitution historique s’est doublée d’une recherche scientifique sérieuse, en amont de la Marche ou pendant celle-ci, afin de retrouver et objectiver les difficultés de terrain, les efforts physiques consentis par les chevaliers du XVIè siècle dans leur entrave métallique. En un mot expérimenter et mesurer un vécu du passé avec les moyens scientifiques actuels, un programme scientifique porté par un historien. La collaboration avec l’université de Grenoble a impliqué plusieurs disciplines :

  • Des biologistes de l’UGA ont effectué une batterie de tests physiologiques portant notamment sur les échanges gazeux
  • Des biomécaniciens de l’Inria, experts en analyse du mouvement, ont effectué des tests mécaniques, fait des relevés avec et sans armure à l’aide de capteurs simultanés (68 caméras), avec Stéphane et Patrick comme mannequins. Ils ont modélisé et calculé sur ordinateur (via un système de reconstruction en 3D, un peu comme un hologramme) les contraintes liées au port d’une armure : amplitude moindre des mouvements, modification du centre de gravité, compression de la cage thoracique, etc
  • Des militaires confrontés en opérations à des contraintes semblables, version moderne, se sont joints à la Marche : un petit détachement du 4è régiment de chasseurs de Gap, lointains successeurs des troupes royales, en tenue de combat d’aujourd’hui avec arme, gilet pare-balle et paquetage, un poids total assez comparable de 40kg. L’Armée est concernée par ce que ressent l’homme armé face à la montagne, quelles capacités physiques et morales sont requises, comment l’ergonomie peut être améliorée.

L’expérience menée par MarchAlp est jugée pertinente pour l’armée moderne, qui y voit une problématique commune de mesure des efforts et du stress, du vieillissement prématuré des hommes et du matériel

  • Un médecin du sport qui a pu procéder à des tests d’effort pendant la journée de marche (rythme cardiaque, tension, effort respiratoire, sudation, hydratation, température car il fait chaud sous l’armure, dosage d’acide lactique), constater (et prévenir si besoin était) les inconforts voire souffrances liées au poids, à l’entrave de l’habit de métal qui à la longue fait mal et comprime les voies respiratoires (contrairement au gilet pare-balles)
  • Le défi était plus grand encore pour Patrick, grand sportif certes, mais handicapé par sa prothèse, obligé à fournir 40% d’effort en plus, et qui a cassé 2 fois sa prothèse à l’entrainement comme il nous l’explique : cette problématique additionnelle contribue aussi à la recherche médicale.

Le retour d’expérience est satisfaisant, même si certains des résultats sont toujours en cours d’analyse : Plusieurs articles scientifiques – en Histoire mais aussi en physiologie – sont prévus, qui porteront sur différents aspects de cette restitution rigoureuse d’un fait historique. Une histoire enrichissante et transdisciplinaire.

Déjà au XVIè siècle, le passage par les Alpes, et les guerres d’Italie au global, ont eu des retombées, permis de dresser des cartes, tracer des routes qui existent encore, et globalement fait progresser les connaissances dans la relation de l’homme à la montagne.

Un documentaire vidéo primé

Toute l’expérience a été suivie par une équipe vidéo de la jeune société Megapix’Ailes (créée en 2012 et dirigée par Marjolaine Gal). Résultat : un beau film de 26 minutes, très bien monté, intitulé « Des Chevaliers dans la Montagne ». Il est appelé à être partagé avec les universités, lycées, collèges et écoles, et au sein de l’armée, dans un but éducatif. Les enfants adorent qu’on leur raconte des histoires du passé, notamment si elles touchent à la chevalerie. Aller sur le terrain, certains disent « faire de l’Histoire avec ses pieds », y mettre du rêve, voilà des objectifs liés.

Le film relate la préparation des hommes et du matériel en vue de l’opération MarchAlp et resitue bien l’exploit de l’époque dans son contexte historique, les enjeux pour François 1er qui vient de monter sur le trône à 20 ans et a besoin de s’affirmer. Il présente également certains des documents (dont la fameuse lettre du roi à sa mère) et œuvres d’art sur lesquels a pu s’appuyer l’historien. Et surtout, il montre comment on a pu vérifier sur le terrain la véracité des écrits, il nous fait suivre la reconstitution moderne à 500 ans de distance, la marche de 4 hommes équipés de pied en cap comme leurs glorieux prédécesseurs, accompagnés de scientifiques, sportifs et passionnés.

Il s’agit de « revivre l’histoire pour mieux la comprendre », comme le dit Stéphane, ici mettre un épisode historique précis et décisif à la portée du grand public.

Le film, coproduit avec Bayard Production (société de Cameron) et Labex ITEM a reçu le prix Jeunesse et film d’aventure scientifique au festival Montagnes et Sciences le 9 novembre 2019.

Une version longue de 52 minutes destinée aux chaînes télévisées est en projet, ce que permet la quantité impressionnante d’images recueillies.

L'affiche du documentaire video

L’affiche du documentaire vidéo – Megapix’Ailes

En conclusion de MarchAlp

L’opération a été un succès : nos chevaliers en lourde armure sont passés en Italie, ils peuvent raconter l’aventure et les efforts consentis, le tout consigné dans un documentaire vidéo.

On peut tirer plusieurs enseignements de cette aventure scientifique et humaine :

  • En restituant les conditions matérielles et humaines de cette traversée, la démonstration est faite que la cavalerie lourde a pu passer par un col que les redoutables Suisses ne gardaient pas, les prenant ainsi à revers, dans des tenues totalement inadaptées pour la montagne. C’est audacieux, on en mesure la difficulté, mais c’est faisable
  • Si l’opération est une prouesse de nos jours, elle l’était déjà en 1515, une performance logistique, physique et morale pour des milliers de vaillants chevaliers. Ces derniers étaient des athlètes de haut niveau, aguerris. On sait qu’ils étaient entraînés depuis leur enfance en vue de porter l’armure et manier les armes, on comprend pourquoi.

La lettre n° 46 des Amis de Bayard

 

couverture lettre N° 46 Au Sommaire

Les puissants destriers de notre chevalier Bayard et de François 1er son roi-chevalier [2è partie]

Histoire du fer depuis ses origines jusqu’à l’époque du chevalier Bayard

2015 fut l’année Bayard, 2017 fut l’année Lesdiguières

La vie de l’Association

Compte-rendu de l’Assemblée Générale du 18 mai 2019

Visite au musée des Forges et Moulins de Pinsot

Tout est dans la nuance… du fer

Quelques données sur l’acier

Les administrateurs des Amis de Bayard

 

Une armure conforme à celle de Bayard remise à la ville de Pontcharra

 

Le 9 décembre 2019 l’association Les Amis de Bayard recevait au cinéma Jean-Renoir ses adhérents et amis ainsi qu’un nombre de personnalités invitées, de la ville et des communes limitrophes.

Le documentaire de 26 minutes réalisé par la société Mégapix’aile, couvrant le projet MarchAlp porté par Stéphane Gal et Patrick Céria – trois cavaliers en armure et leur coach suivis par une troupe de 50 personnes en tenue d’époque, qui sont passés en Italie par le col Mary les 6 et 7 Juillet 2019 – a été projeté et apprécié, témoin les nombreuses questions du public. L’opération, qui a demandé deux ans de préparation pour deux jours de marche en montagne, est présentée dans d’autres articles de ce site internet.

Patrick, vice-président des Amis de Bayard, a accueilli le public et remercié les nombreux partenaires du projet, bénévoles et soutiens financiers, sans lesquels il n’aurait pas vu le jour. Stéphane a commenté le film réalisé par sa fille Marjolaine (6 caméramans qui n’étaient certes pas en armure, mais qui ont dû porter leur lourde caméra dans la montagne). Bien placés pour répondre aux questions, étant deux des trois cavaliers qui se sont prêtés à l’expérimentation.

Patrick et Stéphane en armure

Patrick et Stéphane en armure

Le troisième cavalier en armure était Cameron O’Reilly, qui affiche une prédilection pour la vie et les exploits de Bayard, impressionné par le caractère du héros, mais aussi généreux contributeur financier de l’opération. Cameron a également accepté de commenter son expérience, avec une pointe d’humour anglo-saxon bienvenue.

Les trois ont cherché à revivre par cette expérimentation- et nous faire revivre le temps d’un soir – un épisode remarquable qui s’est déroulé il y a 500 ans, en prélude à la bataille de Marignan : la traversée des Alpes par Bayard, cavalier hors pair et héros des guerres d’Italie, à la tête sa troupe. Stéphane a apporté ses connaissances d’historien de métier, débordant sur ce que l’Histoire ne dit pas mais que MarchAlp a permis de reconstituer : la difficulté organisationnelle, physique et morale d’une telle entreprise. Somme toute une aventure scientifique et humaine destinée à faire connaitre notre histoire, y remettre du rêve tout en faisant progresser la science.

La projection et les échanges ont été suivis par la remise officielle, par la présidente de l’Association Geneviève Dumolard Murienne, de l’une des trois armures à la ville de Pontcharra,  représentée par son maire Christophe Borg. Cet objet, qui a donc franchi le col Mary, est une armure complète, fidèle copie de celles que portaient les chevaliers en 1515. Elle sera exposée dans une vitrine à la mairie et contribuera à l’évocation d’un passé glorieux autour de Pierre Terrail, 3ème Seigneur de Bayard, né à Pontcharra.

La soirée s’est clôturée par un pot de l’amitié.

Remise de l'armure

Remise de l’armure (photo Dauphiné Libéré)

Une publication originale de 2019 sur Bayard

Nous avons reçu à l’Association la visite de Michel Henri Maffre, un Dauphinois de naissance et amateur de jeux de langage, venu présenter son ouvrage original sur Bayard entièrement écrit sous forme de lipogramme, sans la lettre « e » qu’il a choisi de supprimer. Notre « chevalier sans peur et sans reproche » y devient « Bayard, jamais froussard, toujours loyal », puisque la célèbre expression comporte six fois la lettre « e ». Et celle-ci ne lui va pas si mal non plus.

Couverture ouvrage M.H. Maffre

Page de couverture, avec l’autorisation de l’auteur

Car c’est bien le but : un lipogramme (du grec « enlever » et « lettre ») est un texte d’où sont délibérément exclues certaines lettres de l’alphabet, mais qui doit rester compréhensible. C’est l’une des formes d’écriture sous contrainte du club d’écriture OuLiPo (pour Ouvroir de Littérature Potentielle) dont l’auteur fait partie, tout comme il est membre de la Société des Écrivains Dauphinois. La vertu des contraintes est de stimuler l’imagination. Les effets visés sont multiples : rythmiques, comiques, ludiques.

On pensera qu’il s’agit d’un pur exercice de style, un tour de force (d’autant plus que la lettre « e » ici interdite est la plus fréquente de la langue française), dont le résultat doit sonner étrange dès que le texte est un tant soit peu long. De fait, il s’agit d’un petit ouvrage plaisant, dont on se surprend à lire toutes les pages avec intérêt, oubliant presque le jeu de langage qui est à sa base. On comprend tout, les trouvailles sans « e » se marient bien avec le vieux « françois » et l’évocation du Moyen-Age. C’est ludique, bien illustré, fort bien documenté (chacun appréciera les passages de la vie de Bayard qu’il connait plus particulièrement). Et complet : même l’harassante montée cet été d’un col en armure complète (le projet MarchAlp) y trouve sa place.

Cet ouvrage – lui-même harassant à écrire- est un hommage aux exploits du valeureux Chevalier, avec une différence notable : l’auteur nous dit y avoir pris beaucoup de plaisir.