Visites

Pour ces rencontres en Octobre 2007, qu’on avait voulu brèves, il n’avait pas été programmé de conférences en salle, comme les années précédentes. Les interventions ont été données sur la route ou sur le terrain, et ceci la plupart du temps par des spécialistes de l’histoire du site concerné.

Varey

On atteint ici l’un des buts de notre visite dans l’Ain, le château autour duquel s’est déroulée en 1325 la bataille de Varey. Ce château appartenait alors au comte de Genève, allié du dauphin Guigues VIII, bien que situé au beau milieu de possessions savoyardes. Le duc Edouard de Savoie, allié aux Bourguignons, l’a assiégé et tenté de le prendre d’assaut à l’aide de puissantes machines de jet.
Mais l’armée dauphinoise, arrivée à temps a non seulement pu dégager la place, mais aussi infliger une sévère défaite aux Savoisiens. Une grande partie de leurs chefs ont été fait prisonniers et seront impitoyablement rançonnés. Le duc de Savoie lui-même sera capturé, mais deux guerriers le délivreront, tuant ses gardiens dauphinois, dont Auberjon de Mailles. Les libérateurs du duc étaient Guillaume de Bocsozel, son fils et le seigneur d’Entremont.

La bataille de Varey a eu une très grosse importance morale pour la région. Etant sa plus grande victoire médiévale, elle est devenue en quelque sorte l’Austerliz du Dauphiné ; les aristocrates ne pouvaient prétendre à la noblesse d’épée si leurs ancêtres n’avaient pas participé à cette bataille-culte. C’est sans doute pour ça qu’Expilly fait remonter la généalogie de Bayard à Aubert Terrail qui, d’après lui, aurait été mortellement blessé à Varey (bien qu’aucune archive connue actuellement n’atteste ce fait ; mais la preuve en a pu disparaître avec les caisses des archives de Bayard sous le Directoire).

Cette bataille intéresse les Amis de Bayard à d’autres titres. Par exemple, on peut se demander pourquoi le Loyal serviteur, dans sa généalogie de Bayard en première page, ne remonte pas à la bataille de Varey, avec la blessure mortelle d’Aubert Terrail et la mort glorieuse d’Auberjon de Mailles, qui pouvait bien être son ancêtre.

Autre fait important pour nous, la délivrance du duc Edouard par les Bocsozel : à partir de cette date, sa famille va jouir de la faveur ducale et devenir l’une des plus importantes de Savoie. En donnant plus tard sa fille Jeanne à François de Bocsozel, Bayard ne commettait pas de mésalliance : tous deux étaient de beaux partis.

Le château de Varey est actuellement une ITEP, propriété d’une association caritative lyonnaise vouée à l’éducation d’enfants à scolarité difficile. Nous l’avons visité un samedi, jour de repos et donc avec un établissement vide d’enfants. Son directeur a pu nous recevoir et nous montrer les pièces les plus marquantes du château. M. Lucien Pérouze, historien lyonnais, a bien voulu nous parler de l’histoire du domaine et nous commenter la bataille sur les lieux mêmes où elle s’est déroulée, les archives étant suffisamment précises pour ce faire.

A l’intérieur de la demeure, on a pu voir des maquettes de catapultes, suffisamment bien reproduites pour lancer un caillou à un mètre. En effet, les assaillants avaient déployé un nombre impressionnant de machines de guerre autour du château et ont soumis ce dernier à un pilonnage intense, si bien que, par la suite, des paysans ont déterré nombre de boulets en labourant leurs champs. Dans l’ancienne chapelle, on a pu voir un amas de ces projectiles de pierre pieusement (!) conservés.

Pont d’Ain

Pont d’Ain était l’une des capitales préférées des ducs de Savoie qui, avant de se fixer à Turin, avaient une cour plutôt itinérante. Au bord de l’Ain, ils bénéficiaient des produits de la pêche, aliment non négligeable à l’époque ; ils jouissaient surtout de la chasse, passion favorite de la plupart des ducs, les bords de l’Ain étant très giboyeux.

Le climat de Pont d’Ain était réputé très sain et que les duchesses avaient pris l’habitude d’y venir accoucher. C’est ainsi que Louise de Savoie est née à Pont d’Ain en 1476, mais, elle n’est pas le seul enfant de Savoie à être né ici.

L’archiduchesse Marguerite d’Autriche, épouse du duc Philibert le Beau, a habité Pont d’Ain plusieurs années ; elle avait fait de sa maison une cour animée, cultivée et joyeuse. Fille de l’empereur romain germanique, jeune reine de France répudiée, mariée ensuite six mois à l’infant d’Espagne, durement traitée par la cour après la mort de son mari, elle avait connu bien des revers après une brillante jeunesse.

Son mariage avec le duc de Savoie, troisième époux, pouvait paraître une mésalliance, mais ce fut un mariage plein de bonheur, hélas bien trop court. Le beau duc Philibert mourrait 3 ans après ses noces. Doit-on trouver, dans cette suite de hauts et de bas, l’origine de la devise de Marguerite : fortune, infortune, fort une ?

On a évoqué bien sûr ici le souvenir de Philippe de Bresse, dont ce château a été l’habitation principale. Il semble bien que ce duc, précédemment gouverneur du Dauphiné, ait joué dans la destinée de Bayard un rôle méconnu jusqu’ici, puisque c’est l’un des amis de Philippe – et non son oncle l’évêque &ndash qui a accompagné Bayard au château de la Pérouse le 8 avril 1486 chez son neveu le duc Charles.

Philippe a suivi ce même duc lors de son voyage décevant en Touraine, voyage de six mois auquel participait également le jeune page Bayard.
C’est encore Philippe qui a rencontré le roi Charles VIII aux abords de Lyon en décembre 1490 pour négocier un règlement au problème de Saluces ; or il était accompagné de deux des pages de la cour de Savoie … sans qu’on connaisse leurs noms.
C’est à Pont d’Ain que ce même Philippe avait eu un accident de chasse en 1480 ; son épouse avait alors prié le Ciel pour sa guérison et formulé le vœu de construire une église à Brou s’il guérissait. Or il guérit, mais sa femme mourut peu après et Philippe oublia le vœu. Quelques années plus tard, sa belle-fille Marguerite d’Autriche sera placée devant le même drame : son beau duc avait contracté une maladie à la chasse (à St-Vulbas précisément), elle avait formulé le même vœu, son mari ne guérit pas, mais elle se sentit redevable du vœu de sa belle-mère et fit construire Brou. On en reparlera.

On évoquera ici également la bataille de Pavie et ses suites : la capture du roi François Ier, la régence de sa mère Louise de Savoie et le traité qui a mis fin au déshonneur dans lequel était plongée la France, celui de Cambrai, appelé Paix des Dames, parce qu’il a été négocié entre deux belles-sœurs, les deux grandes dames de Pont d’Ain, Louise et Marguerite.
Avec M. Dilas, adjoint au maire de Pont-d’Ain