Bayard au Musée de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie

L’ordre de Saint-Michel est un ordre de chevalerie séculier, fondé en 1469 par Louis XI. Ses membres se disaient « chevaliers de l’ordre du Roi », qui fonctionnait comme une confrérie. Le roi voulait rappeler que l’archange fut le premier chevalier, en combattant pour Dieu contre le Dragon, et qu’il avait toujours su garder le Mont Saint-Michel des anciens ennemis du royaume, à commencer par les Anglais. Le siège fut donc établi à l’abbaye du Mont, où se trouvaient peintes les armes de tous les anciens chevaliers (tous combattants, aucun simple courtisan à l’époque).

Cet ordre, qui jouissait d’un prestige considérable, était décerné à la discrétion du monarque, ce qui lui permettait de se créer un réseau de fidélités féodales. Il se voulait une réplique au célèbre ordre bourguignon de la Toison d’Or. Le roi de France le dirigeait, et les chevaliers, au nombre de trente-six, devaient lui prêter serment. Un siècle plus tard, Henri II transféra le siège dans la Sainte-Chapelle du château de Vincennes, dont le maître-autel porte l’emblème de l’Ordre de Saint-Michel.

Lors des fêtes religieuses majeures et des grandes occasions, les chevaliers devaient porter le « collier d’or fait de coquilles lassées l’une avec l’autre » (coquilles Saint-Jacques pour rappeler le pèlerinage au fameux Mont) auquel était suspendu un médaillon représentant l’archange, debout sur un roc, terrassant le dragon. Principal insigne que recevait chaque chevalier, le collier pesait 200 à 300 écus d’or et restait la propriété de l’ordre. Il devait donc être restitué à la mort du récipiendaire. La devise de cet ordre de chevalerie était Immensi tremor oceani : « la crainte de l’immense océan », dérivée de l’image de St-Michel regardant la mer depuis le Mont. Rappelons que saint Michel était le saint patron du royaume de France jusqu’à ce que Louis XIII consacre son royaume à Notre-Dame.

Collier de Saint-Michel

Collier de l’ordre de saint-Michel porté lors des grandes occasions. À droite un pendentif, dit « petit ordre » arboré quotidiennement par tous les membres

Les chevaliers ainsi honorés prenaient l’habitude d’entourer leurs armoiries du collier de l’ordre, comme on le voit sur la peinture ci-contre, exposée au Musée National de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie à Paris à Paris. Seulement deux portraits y sont exposés, dans une salle consacrée aux ordres royaux : celui de Louis XI en tant que fondateur et ce tableau en pied de Pierre Terrail. François 1er lui a décerné cette décoration pour récompenser sa bravoure lors du siège de Mézières en 1521. La ville était assiégée par une armée de Charles Quint et défendue par des troupes françaises sous le commandement de Bayard et d’Anne de Montmorency. Le siège dura six semaines et se solda par un échec. Une commémoration est prévue l’an prochain pour marquer le 500è anniversaire, les Amis de Bayard ont prévu d’y prendre part.

Le portrait du chevalier Bayard exposé au musée de l’Ancien évêché à Grenoble le représente aussi portant le collier de l’ordre de St-Michel, comme les autres portraits connus ou le buste en marbre qui orne sa tombe.

Bayard chevalier de l'ordre de Saint-Michel

Bayard portant le collier de l’ordre de Saint-Michel, décoration que l’on retrouve sur le côté du prie-Dieu, entourant les armoiries du chevalier. En légende : «PIERRE. DE. TERRAIL. DIT. LE. CHER. BAYARD» (Musée de la Légion d’Honneur et des Ordres de Chevalerie)

Les échanges d’ordres de chevalerie entre souverains, servaient la délicate diplomatie européenne. Ainsi le roi d’Espagne Philippe II fut ainsi intronisé dans l’ordre de Saint-Michel par Henri II.

L’ordre perdit progressivement de son prestige suite à une augmentation du nombre de membres et à des nominations trop faciles, ce qui amena Henri III à en créer un nouveau 1578 : celui du Saint-Esprit. Il continue néanmoins à être utilisé par le roi pour se créer une clientèle en province auprès de petits gentilshommes : les effectifs dépassent alors le millier de chevaliers et le collier n’est plus que rarement porté. L’Ordre est supprimé en 1791, en même temps que toutes les distinctions de l’Ancien Régime.

De nos jours, l’ordre des Arts et des Lettres est considéré comme l’héritier de celui de Saint-Michel.