Ossements présumés

Identification   des ossements   du Chevalier Bayard

Allocution de Mr  Jean-Christophe PARISOT de BAYARD 

Assisses de la culture de la communauté de communes du Haut Dauphiné

Présidé par Mr Langenieux Villard   le 17 Octobre 2015 à Pontcharra

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Notes de Jean Pierre PAUZE  trésorier de l’association des Amis de Bayard

 

Vous savez qu’en France il y a 100 préfets dans les préfectures et 10 en mission de service public. Ma mission, mon travail quotidien est la lutte contre l’exclusion

Je suis issu d’une famille dauphinoise, qui intéresse beaucoup les historiens. Mon ancêtre, Pierre Terrail 3ième Seigneur de Bayard, n’a pas de descendant vivant aujourd’hui. Sa fille illégitime, n’a plus de descendant depuis 1875. Reste la famille Alleman.

Vous connaissez un peu l’histoire de la famille ; la mère de Bayard Elena Alleman avait des frères et sœurs. Je descends de l’une d’elles Catherine Alleman. La famille Alleman a récupéré la seigneurie de Bayard jusqu’au 18ièm siècle, car il n’y avait pas de descendant Terrail. Moi, je descends du 4eme Alleman qui a de nombreuses branches : la plus importante, celle de « de Bois-Fin » qui a présidé le département du Dauphiné jusqu’au 18ieme siècle et la famille de Meldieu qui a été maire de Grenoble au 19ième siècle

J’ai réuni, il y a à peu près  4 à 5 ans, les archives familiales. Je les ai déposées auprès du  garde des sceaux. Elles attestent  que sur 17 générations, je descends en ligne directe de Catherine Alleman. Le garde des sceaux m’a donc autorisé à relever le nom de Bayard, étant le plus proche parent du chevalier.

Pourquoi j’ai voulu faire cette demande ? En France, on a besoin de repères, et quand il y a des beaux repères, on n’a pas le droit de les oublier. Je pense que Bayard fait l’unanimité. Bayard a été reconnu par tous les régimes, monarchie, république, empire. Tout le monde a considéré qu’il avait des valeurs essentielles à notre patrie

Les nouvelles de Bayard, il y en a beaucoup ? Je vais vous raconter ce qui c’est passé depuis la mort de Bayard et l’actualité

Bayard a été ramené à Grenoble. Il est mort d’un coup d’arquebuse qu’on lui a tiré dans le dos en Italie. Ce fut un drame national parce qu’il était extrêmement apprécié, non seulement  par les Français, mais aussi,  par ses ennemis et tous ont célébré ses obsèques sur le champ de bataille ! Pour son transport jusqu’à Grenoble, on sait aujourd’hui qu’il a été momifié, et qu’il a été exposé, hors de son cercueil, pendant plusieurs jours dans l’abbatiale. Les habitants du Dauphiné on  pu voir son corps. Il était lieutenant général du Dauphiné  et très apprécié. Bayard aurait voulu être enterré à Grignon, à Pontcharra, près de ses parents. Ce n’était pas possible vue sa notoriété nationale. Il a été enterré au couvent des minimes à Saint Martin D’hères, dans la chapelle de sa famille, construite par son oncle, l’évêque Laurent Alleman.

Il existe des avis différents sur l’emplacement exact de cette chapelle familiale. Certains disent devant le maitre autel ; Chevrier, devant le bénitier en sortant de l’église. Ce détail est très important. Le temps passe. Deux personnes de la famille de Bayard, au cours des siècles, ont demandé à être enterrés  près de Bayard. Ils étaient de  la famille de  Porchenu,  propriétaire de la chapelle, et mes lointains cousins. Puis ce fut Mr Valbonnais , le fameux historien grenoblois du 18ième siècle . On a les preuves que ces trois personnes ont voulu être enterrées près de Bayard.

L’église avec le temps commence à se délabrer et tombe en ruines petit à petit. Un fermier y entrepose du foin au 18iem siècle. En 1795 l’église est vendue. On prend la statue que l’on ramène à Grenoble. Au début du 18ieme siècle, le régime politique change ; la restauration arrive, Louis XVIII a besoin de symboles. Nous sommes en  Juillet 1822, et  Bayard reste très populaire. Le roi écrit au préfet de Grenoble de faire des fouilles. Celui-ci va voir les ruines de l’église. Il veut faire un cadeau à Louis XVIII ; il reste un mois  avant l’anniversaire. Il  se précipite, fait soulever les dalles devant le maitre autel. Il y a des os un peu partout,  et dans une tombe derrière, il trouve des éperons : il se dit voilà Bayard !

Ses restes sont emmenés en grande pompe à Grenoble dans un cercueil tiré par 4 chevaux noirs. Le baron d’Ossier   va remette deux ossements, prétendus de Bayard, au marquis de Sassenage.   On pense qu’on a retrouvé Bayard. Plus tard, on se rend compte qu’il s’agit de deux ossements de femme ! Cela pose question ! Elle devait mesurer 1 mètre 60  alors que Bayard était un grand gaillard ! On se rend compte que l’on n’a pas enterré Bayard !

Puis des informations commencent à circuler notamment par les prêtres : à Saint Martin d’Hères il y a des endroits qui n’ont pas été fouillés dans la chapelle. On découvre au château d’Uriage des documents qui attestent que les deux « de Porchenus » ont voulu se faire enterrer près de Bayard, l’un à droite et l’autre à gauche. Mr Valbonnais, lui, serait au-dessus.

En 1937, on fait des fouilles, cette fois près du bénitier, et on découvre, dans la vase, 4 cercueils. Or dans ces quatre cercueils il y a deux choses  incroyables, un squelette a une couleur brunâtre et il porte une plaque en argent, et les trois autres sont blancs. Tout coïncide, cela doit être Bayard. On  ramène les os dans des caisses à la mairie de Saint Martin d’Hères. Pendant la guerre les Allemands ouvrent les caisses pensant à des armes cachées. On a ainsi la preuve que ces caisses étaient bien là !

Dans les années 50, le Maire ne sachant pas trop quoi en faire, appelle les archives départementales de l’Isère et les fait transporter là-bas. Différents médecins vont venir inspecter ces ossements : il a 4 fémurs et toujours 4 cranes, dont un a une drôle de couleur, celui  du présumé Bayard. Les ossements ont été exhumés plusieurs fois et ont été plus ou moins entretenus. Les amis de Bayard se sont beaucoup penchés sur ce point, ils  ont demandé, en vain que l’on fasse des analyses complémentaires.

Il y a  trois ans, j’ai eu le privilège d’aller aux archives. J’ai pu voir les ossements et j’ai été surpris de deux choses

La première c’est la couleur étrange d’un squelette. A l’époque Bayard a été exposé hors de son cercueil pendant plusieurs jours, il a été momifié dans des épices ou dans du vin, ce qui expliquerait la couleur sombre

Deuxième hypothèse Il a été enterré avec son armure et cette armure s’est décolorée sur les os. Avec les outils de l’époque dans les années 60-80, impossible d’en dire plus.

J’ai rencontré  différents experts. L’un d’eux m’a proposé de passer au carbone 14 le squelette.  Le laboratoire pourrait donner une date avec une approximation de plus ou moins 30 ans. Ce qui aurait été intéressant, car cela permettrait de  savoir si ces cranes  étaient décalés dans le temps et différencier les personnes en fonction de leur date d’inhumation.  Il faudrait découper des rondelles de deux centimètres et les archives départementales ont dit que ce n’était pas possible car cela abimerait les cranes.

Il y a une affaire récente en Angleterre qui a généré une nouvelle piste.  On a retrouvé des restes présumés de Richard III. On a été étudié leur ADN et on l’a comparé avec ceux des descendants actuels, filles et garçons. Ainsi on a acquis la preuve que c’était bien les restes de Richard  III. Fort de ce résultat, puisque les indices génétiques rendent possibles la comparaison des gènes à  500 ans d’écart, je suis allé voir un généticien, le professeur Lucotte.

Je me suis mis en quête de retrouver les descendants mâles et femelles si j’ose dire, en ligne directe de la famille TERRAIL. Moi-même je ne suis pas en ligne directe, il y a des cassures avec des hommes et des femmes. En génétique, il ne faut que des lignées d’hommes ou de femmes, pour valider les résultats !

Grace à 600 heures de travail dans les archives, j’ai réussi à trouver trois personnes, descendantes de fille en fille, de la mère de Bayard. Les gènes des hommes mutent à chaque génération, c’est très compliqué de comparer une population d’aujourd’hui avec des hommes d’il y a 500 ans. Par contre, avec les gènes des femmes, L’ADN mitochondrial ne mute que tous les 500 ans ; il est ainsi très facile de comparer les gènes de la mère de la mère de la mère etc, et de savoir  s’ils sont les mêmes.

Il y a donc trois personnes en France qui descendent de la famille de la mère de Bayard. J’ai soumis la question au généticien qui m’a dit « oui, on peut comparer l’ADN du crane présumé de Bayard avec des femmes d’aujourd’hui. C’est Possible ». Deuxième intérêt : à partir des restes de Bayard, on peut isoler un gène, et ainsi  apprendre beaucoup de choses : savoir la taille, la nourriture, quels étaient ses origines, de quoi est-il mort …On peut même, grâce à la génétique, reconstituer le visage d’une personne, à peu près bien sur, comme un portrait robot, connaitre la couleur des yeux, des cheveux,…

La grande nouvelle que je voulais vous apporter, c’est que les archives ont accepté de faire ces analyses ADN. Ainsi dans les mois qui viennent on va savoir si c’est bien le crane de Bayard !

C’est une grande nouvelle pour vous, car si c’est bien Bayard il va falloir lui faire des obsèques ! On ne peut pas laisser le crane d’un héros de l’histoire de France comme cela, dans une caisse !  Les gens de Pontcharra, avec la communauté de communes, vont particulièrement être impliqués dans cet évènement. J’ai rencontré le directeur du musée dauphinois qui m’a dit « si c’est vraiment Bayard on va exploser les ventes de visites dans la région, car beaucoup de gens voudront venir voir ».  Il va bien falloir l’enterrer quelque part,  donc réfléchir au niveau des services de  la culture, qu’est ce qu’on peut en faire et comment valoriser ce trésor.

Ce qui est impressionnant et qui me trouble, c’est que  ces quatre cranes soient ensemble, il y donc une continuité dans les documents historiques. Avec un corps isolé perdu, cela aurait été plus compliqué. La deuxième indication est cette couleur étrange : grâce au microscope électronique on va savoir si c’est  du vin, des épices,… et les historiens sauront comment on embaumait les chevaliers à l’époque. Et  puis il y a cette plaque en argent que l’on a retrouvée attestant  que c’est un officier Français. Beaucoup d’éléments concordent. Je suis très optimiste sur les résultats. Et enfin, il y aura cette confirmation génétique, qui donnera l’identité de cette personne, que c’est bien Pierre Terrail le fils de Catherine Alleman.

Il y a une piste qui a été abandonnée récemment. Une descendante, la fille de Bayard, Jeanne, était enterrée à La Côte Saint André. On aurait pu faire une comparaison très rapide avec elle. Malheureusement, les Amis de Bayard ont confirmé que les restes ont disparu dans le réaménagement du cimetière. C’est bien dommage.

Il y avait aussi le risque que dans les trois autres squelettes, des « Le Bourchenus », certains  soient en ligne directe, cela aurait biaisé les analyses. Ce n’est pas le cas, il n’y a pas de soucis de confusion.

Le problème du financement des travaux est bien présent. Il y a deux études à prévoir.

La première analyse porte sur le corps présumé de Bayard. Il faut compter aujourd’hui 4700 euros par mesure ADN. Si certains veulent faire un don, je le remettrais bien volontiers au chercheur, car il faut louer du matériel de haute définition génétique

La deuxième analyse ensuite : Il reste une dent sur  une mandibule. Sous la dent, on peut trouver un puits d’ADN une vraie chance ! On la remettra ensuite sur la mandibule ! Mais on pourra ainsi comparer cet ADN avec celui des trois descendantes

Vous pouvez contribuer à une grande cause nationale sous la forme d’un don en partie déductible de vos impôts !

Si la communauté de communes peut participer, d’autre gens bien sûr… . J’ai la volonté d’arriver à faire ces analyses

Je ne veux pas être seul dans l’aventure.  Je pense que l’enjeu Bayard est assez fort pour le tourisme dans la région

Si on identifie Bayard et si on se débrouille bien avec les services culturels  on peut monter une exposition extraordinaire. Beaucoup de personnes  viendront la voir. L’enjeu est très important

Ce serait dommage de faire une année Bayard, et de laisser tomber son corps dans une situation pas très digne, aux archives départementales. Nous avons une responsabilité collective !  Il faut lui rendre hommage, ici, dans sa famille, mais  pas seulement en Grésivaudan. C’est important pour notre histoire nationale  d’avoir des repères, des personnalités qui ont fait notre identité. Il fait l’unanimité dans le service des autres, dans les valeurs qu’il a pu déployer. Bayard n’est pas mort riche. Il n’a jamais cherché à avoir de l’argent.  Il a toujours essayé de servir le mieux possible, dans un idéal qui, à l’époque, n’était pas ouvert à des actes de noblesse. Ainsi lorsqu’il est allé en Italie, il a interdit à ses soldats de violer les femmes dans les villes, et à veiller à ce que les honneurs militaires soient rendus aux soldats vaillants. Il n’a jamais cherché à avoir des privilèges autres que ceux de la chevalerie française.

C’est quelqu’un qui a beaucoup marqué les esprits et a inspiré de nombreux auteurs  parce qu’il avait un idéal de service, que tout son entourage reconnaissait. Lorsqu’il a adoubé François premier, fait contesté par quelques pseudo-historiens actuels mais bien attesté par quatre témoins oculaires, il a été l’image de celui qui sert son pays, non pas pour l’argent ou autre chose, mais par fidélité à sa patrie.

C’est une très belle valeur que l’on pourrait développer aujourd’hui,  C’est beau de servir son pays par des actes gratuits et spontanés

Merci de votre attention